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J’ai adopté trois enfants en situation de handicap

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Publié le 04.01.2022 à 16h04 
(mis à jour le 06.01.2022 à 17h02)

Après avoir eu 6 enfants biologiques, Clotilde et son mari ont fait le choix d’adopter 3 enfants en situation de handicap.

Un long parcours pour adopter

Clotilde rencontre Nicolas à 20 ans. 6 mois plus tard, ils se marient. À 22 ans, elle est maman pour la première fois et en 4 ans, ils ont 4 enfants : Côme, Baudouin, Tiphaine et Marin. Viendront ensuite Philippine et Brune. Mais déjà l’envie d’adopter se fait sentir :

« Après la naissance de Marin, mon 4ème enfant, nous avons eu le désir d’avoir de nouveau un enfant. Je me suis alors posés la question de devenir maman d’un enfant qui existait déjà. J’ai appelé des associations pour me renseigner. C’est là que j’ai eu ma première claque : dans notre situation familiale, nous pouvions adopter mais un enfant dit « à particularité », avec un handicap... J’ai trouvé ça violent de découvrir cette réalité. Ça m’a encore plus conforté dans mon choix. Nicolas aussi était partant mais il préférait qu’on attende un peu. On n’avait que 26 ans, 5 ans de vie commune. »

Après 6 ans de réflexion, l’envie d’adopter est toujours là et le couple décide de sauter le pas. Les démarches administratives sont longues et pénibles car l’administration française ne comprend pas leur projet. On accuse Clothilde d’être « une boulimique d’enfant ». Mais leur détermination finit par payer puisque Marie, pupille de l’État âgée alors de 6 mois et porteuse d’une trisomie 21, entre dans la vie de toute la famille :

« Pour Côme, qui avait 11 ans, ça a été la découverte d’une réalité douloureuse. Il n’avait pas encore conscience que des enfants pouvaient être abandonnés. Quant à Baudouin, 9 ans à l’époque, il avait un peu peur du handicap, peur du regard des autres. On était conscients que ça n’allait pas être simple pour eux. On leur a dit qu’ils avaient le droit de ne pas adhérer à notre projet, qu’ils n’auraient aucune obligation de s’occuper de cet enfant, qu’ils étaient libres sur les liens à mettre en place avec cet enfant… »

Changer de regard sur le handicap

L’arrivée de Marie dans la famille a été une bouffée d’oxygène comme en témoigne Clotilde :

« Avec l’arrivée de Marie, on pensait qu’on allait en baver. Contre toute attente, ça nous a donné de l’énergie. Notre vie, ce qu’on avait construit, tout prenait sens. On a vu nos enfants tellement heureux. Ils se battaient tous pour donner à manger à Marie. Bien sûr, on a dû faire des renoncements, il y avait beaucoup de rendez-vous médicaux… mais ce n’était pas grand-chose à côté du bonheur quotidien qui est entré dans la maison avec Marie. Un monde poétique est arrivé. Elle peut regarder pendant des heures un oiseau faire sa toilette. Elle peut éclater de rire parce que le vent a caressé son visage. Ça m’a permis de regarder ma famille, mon mari, mes enfants différemment. Ça nous a tous soudés. »

Cette adoption réussie donne l’envie à Clotilde et Nicolas d’accueillir un deuxième enfant en situation de handicap. À nouveau, les démarches sont longues et éprouvantes. Après presque 2 ans de bataille, ils obtiennent un 2ème agrément et se voient confier Marie-Garance, 16 mois, polyhandicapée :

« Marie-Garance avait un handicap bien plus lourd que Marie, avec un handicap physique et mental et de lourdes lésions. Elle nous a fait un accueil à tomber par terre : quand elle nous a vus, elle a éclaté de rire. Mais rapidement après son arrivée, son état de santé s’est dégradé. Elle a fait plusieurs arrêts respiratoires, on a cru la perdre. On a passé des heures et des heures à la veiller, à dormir avec elle en réanimation. Heureusement, aujourd’hui, son état s’est bien stabilisé. C’est une petite fille très douce, très conciliante avec qui j’ai une relation très privilégiée. Elle m’a beaucoup appris sur moi. On a une connexion. Elle respire de façon différente en fonction de ce qu’elle vit. »

Deux ans plus tard, c’est Frédéric qui entre dans leur vie. Ce petit garçon atteint d’une pathologie au cervelet, avait déjà 2 ans ½ quand la famille a pu l’adopter. Clotilde revient sur les difficultés rencontrées lors de son arrivée :

« Avec Frédéric je me suis sentie mère aussi, mais l’adoption a été beaucoup plus dure, douloureuse. Il avait beaucoup souffert. Il n’est pas touché par sa maladie dans son intelligence. Mais il était nourri par sonde. Ce qui est merveilleux avec Frédéric c’est qu’il nous a tellement mis à terre qu’il nous a obligé à tout réinventer, on est repartis à zéro. On s’est sentis très humble à l’arrivée de cet enfant, car ses émotions, sa souffrance, nous ont dépassées. On a recrée un équilibre, on a traversé ça tous ensemble. »

Clotilde Noël a créé l’association Tombée du nid pour soutenir des projets liés au handicap et favoriser l’intégration sociale des plus démunis. Elle est aussi l’auteure de trois livres dans lesquels elle raconte son chemin d’adoption : « Tombée du nid » aux éditions Pocket, « Petit à Petit » aux édition Salvator et « Risquer l’infini » aux édition Salator.

La rédaction de La Maison des Maternelles