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« J’ai accouché en étant dans le coma »

Publié le 18.06.2021 à 11h29 
(mis à jour le 22.06.2021 à 11h09)

Cécile a attrapé le Covid-19 quand elle était enceinte de 6 mois. Ne pouvant plus respirer, elle a été plongée dans le coma et l’accouchement a dû être déclenché.

LMDM - Racontez-nous déjà comment avez-vous attrapé le Covid ?

Cécile - C’est mon mari qui l’a attrapé le premier alors qu’on était en vacances. Il a eu 2 jours KO et on est rentrés en catastrophe car je me suis dit : « Si je l’attrape aussi on ne pourra jamais rentrer en voiture. » Il était tellement KO que je me suis dit que vu que j’étais enceinte de 6 mois et que j’avais mes deux enfants à gérer il valait mieux rentrer avant que ça ne se déclare. Le soir même je me suis fait tester en pharmacie et on m’a dit : « Vous l’avez mais c’est soit le début soit la fin. »

Trois jours après j’ai commencé à avoir des symptômes : grosse fatigue, maux de tête terribles, nausées, vomissements et vraiment cet état de fatigue. J’ai passé 3, 4 jours comme ça et puis il y a eu une nuit où je n’ai pas pu respirer. J’ai fini par appeler le SAMU, je leur explique ma situation et ils m’ont envoyé les pompiers.

Là, on vous hospitalise ?

J’ai été hospitalisée d’abord en observation, et à part du Doliprane, comme j’étais dans mon troisième trimestre de grossesse, ils ne pouvaient pas me donner autre chose.

Au bout de ces 3, 4 jours, on m’a demandé d’évaluer ma douleur sur une échelle de 1 à 10. J’ai dit 8-9. J’avais tellement mal à la cage thoracique, c’était comme un carcan, et vraiment je ne pouvais toujours pas respirer.

Ils m’ont donc transférée en urgences à Cochin, à l’unité Covid femmes enceintes. Ils ont essayé tout un tas de machines dans un premier temps, pour m’aider à respirer. Ils m’ont expliqué, à terme, qu’ils allaient me mettre dans le coma artificiel pour 8 à 15 jours, pour essayer de faire grossir le bébé et soulager mes poumons.

Ça ne se passe pas comme prévu ?

Une fois dans le coma, quelques heures après c’est parti en vrille. Mon état s’est empiré et ils ont fait une césarienne d’urgence quelques heures après m’avoir plongée dans le coma. On me réveille 3 jours après et on m’annonce que j’ai accouché, que c’est une petite fille et que mon mari l’a appelée Victoire. Il m’a alors fallu du temps pour réaliser que j’avais eu une petite fille et qu’elle était vivante.

Donc finalement Victoire est née prématurément, comment allait-elle ?

Elle allait bien parce que finalement elle avait un gros poids de naissance de 1,4 kilos ce qui est assez énorme à ce stade-là : 28 semaines d’aménorrhées + 6 jours. Ça lui a permis d’avoir uniquement 2 heures d’intubation ce qui n’est pas grand-chose. Elle a été formidablement encadrée.

victoire

Ça a été un choc de voir que vous aviez accouché dans le coma ?

J’étais tellement préoccupée par la façon de récupérer mes capacités au plus vite que je n’y ai même pas pensé. C’est plutôt maintenant que j’ai un pincement au cœur, quand je vois des femmes enceintes dans leur troisième trimestre, car ça me rappelle que je n’ai pas pu vivre la fin de ma grossesse. Mais c’est vrai que sur le coup, j’étais tellement contente de ne plus souffrir, égoïstement que je n’y ai pas pensé.

Et finalement je ne sais pas pourquoi mais je n’ai pas eu les effets du post-partum de façon importante : pas de pertes de sang importantes, pas de montée de lait

Quand êtes-vous sortie de l’hôpital ?

Une semaine après mon accouchement, j’ai été vite sur pied et je suis sortie même si je n’étais pas encore dans une forme olympique.

Comment va Victoire ?

Victoire va bien elle s’accroche comme dirait l’infirmière à chaque fois elle passe par le pire pour finalement remonter la pente. Aujourd’hui, elle pèse 1,7 kilos, il lui manque 700-800 grammes pour sortir mais elle est autonome pour la respiration.

Vous aviez conscience que le Covid-19 pouvait être si grave notamment pour les femmes enceintes ?

Je voudrais alerter sur la gravité du covid, je ne m’en rendais pas compte. Au troisième trimestre je travaillais encore et je suis dans le milieu médical, mon entourage me disait : « Mais tu bosses encore ? » Et c’est vrai je n’avais pas conscience. D’ailleurs dans mon entourage certains hésitaient à se faire vacciner et quand je leur raconte mon histoire ils n’hésitent plus.

La rédaction de La Maison des Maternelles