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« On invisibilise le post-partum car la maternité doit rester facile, glamour, naturelle »

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Publié le 17.03.2021 à 14h46 
(mis à jour le 18.03.2021 à 10h03)

On a parlé post-partum avec Illana Weizman, militante féministe et autrice du livre Ceci est notre post-partum : défaire les mythes et les tabous pour s’émanciper aux éditions Marabout.

LMDM - Pouvez-vous nous rappeler comment est né le hashtag #MonPostPartum ?

Illana Weizman - Cela faisait suite à une publicité de produits de soin pour le post-partum. Quand j’ai vu la censure de cette pub, j’ai été très en colère car elle était assez anodine, douce, elle montrait une réalité édulcorée du post-partum. 2 ans après la naissance de mon fils, j’ai réalisé que mes propres difficultés lors du post-partum venait peut-être du fait qu’on invisibilise tout ça. J'ai posté des photos sur mes réseaux. Avec des amies militantes -Morgane Koresh, Ayla Saura et Masha Sacré- on a lancé le hahstag sur Twitter. Il y a eu 15 000 témoignages en 24 heures, de femmes qui parlaient de leur post-partum 1 mois, 1 an, 10 ans ou 30 après, en disant que c’était la première fois qu’elles prenaient la parole sur ce sujet et que c’était libérateur.

Il y a encore un énorme tabou autour du post-partum ?

On commence à en parler, mais on se rend compte quand même que quand on sort des cercles militants, il y a beaucoup de réticences. On l’a vu avec le hashtag, et je le vois avec la sortie du livre, les critiques disent que c’est indigne de parler de ça, que ça relève de l’intime, que nos mères et grands-mères accouchaient sans parler de leurs souffrances, qu’on se victimise… On retrouve beaucoup ces discours-là, donc on n’est pas sorti des ronces ! Il y a un vrai tabou autour de l’idée que quand on est mère, on est dans l’abnégation, on est sacrificielle, on est « faite pour ça » et donc finalement on doit serrer les dents. C’est quasiment inscrit dans nos gènes qu’on doit souffrir dans la maternité, et surtout ne pas s’en plaindre.

Pouvez-vous nous expliquer en quoi le post-partum est politique ?

On invisibilise cette période-là, ce corps là -car l’expérience va avec un corps particulier : un corps affaissé, marqué, qui fuit de liquides tabous. Les femmes vont vivre leur post-partum isolées, non préparées aussi -on n’a pas idée des implications que ça a sur le corps et l’esprit, 1 femme sur 5 fait une dépression du post-partum, sans compter tout le spectre des difficultés maternelles. On invisibilise ces réalités là -si on les vit, car toutes les femmes ne vivent pas le post-partum de la même façon- et le moment où on va les vivre, on va se sentir très seule. Ça peut être apeurant, on peut se sentir défaillante. Il faut préparer les femmes à cela et normaliser toutes les réalités de cette période. Je ne comprends pas pourquoi on n’a pas de préparation spécifique sur le post-partum pendant la grossesse !

Pourquoi le post-partum est-il invisibilisé selon vous ?

On invisibilise car la maternité doit rester quelque chose de facile, glamour, naturelle, et le post-partum est complètement en contradiction avec cette image-là autour de la maternité simple, glorieuse, fluide. Le post-partum est un moment de convalescence, de douleurs physiques et morales, et ça la société dans son ensemble préfère le mettre de côté pour ne pas, soi-disant, faire peur aux mères !

Que répondez-vous justement aux personnes qui disent que vous allez faire peur aux mères ?

On a beaucoup entendu : « attention vous allez faire peur aux mères » ! Cette idée hyper infantilisante, comme si, si on connaissait la réalité il y allait avoir une hécatombe démographique. C’est complètement faux ! On a besoin de savoir pour mieux vivre les choses. Le savoir c’est le pouvoir.

Un conseil aux futures mamans concernant le post-partum ?

Ce que j’attends c’est des changements structurelles et politiques. Mais sur le plan personnel, il faut essayer de préparer le post-partum en amont, de se demander comment on va gérer avec son conjoint, l’entourage ou un cercle d’amis, etc. Prendre l’aide des gens, sans faire de fausses politesses. Dire aux gens : « oui, si vous voulez m’aider, achetez-moi des heures de ménages, des plats préparés. » Parlez aussi de ses difficultés. Quand je suis tombée en dépression 8 mois après la naissance de mon fils, je masquais beaucoup la réalité aux autres, même à mon mari. Si vous sentez que vous perdez pied, que ça soit physiquement ou psychiquement, parlez-en a des professionnels. Ce n’est pas vous qui êtes défaillante, c’est un système qui nous met dans cette situation : vous n’êtes pas responsable, vous pouvez vous faire aider, sortir du tabou, reprendre la parole sur ces sujets.

Ceci est notre post partum : défaire les mythes et les tabous pour s'émanciper, aux éditions Marabout, 

Marion Cousin