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« Il faut respecter l’enfant dans ses élans de découverte »

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Publié le 28.10.2019 à 16h59 
(mis à jour mercredi dernier à 14h32)

Rencontre avec Catherine L'Ecuyer, docteur en sciences de l'éducation et auteure du livre Cultiver l'émerveillement et la curiosité naturelle de nos enfants.

LMDM - Vous pensez que les enfants aujourd’hui sont surstimulés ?

Catherine L'ecuyer - Oui ! Un des signes qui montre que nos enfants sont surstimulés, c’est qu’ils sont blasés ! Ils sont habitués à des rythmes effrénés, et lorsqu’ils retombent dans le monde réel, quotidien, lent, ils s’ennuient. 

Vous parlez même d’une addiction à la stimulation, expliquez-nous.

L’enfant a un rythme intérieur pour assimiler, à travers ses 5 sens, tout ce qui l’entoure. Nous savons tous que ce rythme est plutôt lent. Lorsque l’enfant est surstimulé par un rythme extérieur frénétique qui n’est pas en harmonie avec son rythme intérieur, il ne peut pas assimiler l’information. Son « intérêt » pour apprendre et son désir de connaître s’endorment, il devient passif.

Ses sens ainsi saturés par la surstimulation, l'enfant a besoin de toujours plus de stimuli artificiels pour être capable de sentir la réalité. Il devient de plus en plus dépendant de l’environnement extérieur pour porter attention à quoi que ce soit.

Nous avons, par exemple, recours à la tablette, en pensant que nos enfants seront plus intéressés à apprendre via cet outil. Mais il ne s’agit là que d’un palliatif artificiel ! Il ne faut pas confondre émerveillement et fascination. 

Selon vous, l’idée selon laquelle « tout se joue avant 3 ans » est fausse ?

Il s’agit d’un mythe reconnu comme tel par la littérature en sciences neurologiques. Il y a cette croyance en une "phase critique", qui serait une fenêtre de temps absolu -à savoir les 3 premières années de vie- et au-delà de laquelle il deviendrait impossible d’influencer certains apprentissages.

Cette croyance est fausse, puisque la plasticité du cerveau dure tout au long de la vie. Les périodes critiques existent pour le développement (par exemple, le développement de l’ouïe), mais non pas pour l’apprentissage.

Il est vrai, cependant, que certains apprentissages se font plus facilement pendant certaines périodes, comme c’est le cas pour l’apprentissage d’une langue par exemple. Par contre, on parle de « facilité » à apprendre, et non pas de « possibilité » d’apprendre. On parle donc de périodes sensibles (pendant lesquelles nous sommes plus portés à apprendre), et non pas de périodes critiques (au-delà desquelles on ne peut plus apprendre).

La croyance en l’existence des périodes critiques a fait des ravages dans le monde de l’éducation ! On a trop souvent prôné la surstimulation depuis le berceau, pour supposément éviter la « perte d’opportunité d’apprentissage ».

Quels conseils concrets pourriez-vous donner aux parents pour « cultiver l’émerveillement » des enfants, et éviter la surstimulation ?

Respecter l’inclination à l’émerveillement, c’est respecter les rythmes de l’enfant, ses besoins fondamentaux, les étapes de son développement cognitif et affectif, sans tenter de les accélérer. 

Il faut respecter la soif naturelle de l’enfant pour la beauté, le mystère, la nature. Respecter aussi l’enfant dans ses élans de découverte.

Pourquoi les enfants escaladent-ils à l’envers sur les toboggans des parcs au lieu de monter sagement par les escaliers ? Car ils cherchent naturellement des défis qui s’ajustent à leurs capacités.

Monter 4 marches c’est évidemment trop facile pour un enfant de 5 ans. Lorsqu’on présente un défi qui est supérieur aux capacités de l’enfant, il ressent de l’anxiété. Lorsque ce défi est inférieur à ses capacités, l’enfant ressent l’ennui. Or, le jeu libre, ou guidé, donne la chance à l’enfant de trouver un défi qui s’ajuste parfaitement à ses capacités. 

 

La rédaction de La Maison des Maternelles