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Homoparentalité : des familles comme les autres

Publié le 04.04.2019 à 15h36 
(mis à jour le 13.09.2019 à 19h28)

Comment élever un enfant dans une famille homoparentale ? Comment parler aux enfants de leurs origines ? Focus sur la famille homoparentale avec deux pédopsychiatres. 

 

Famille homoparentale et société

En France, on estime à 200 0000 le nombre d’enfants élevés dans une famille homoparentale. Depuis 2013 et la loi portée par Christiane Taubira, les couples de même sexe peuvent se marier et adopter. Une évolution de la loi et des mentalités qui a mis en lumière ces familles dans la société.

Quand il est question de l’éducation des enfants, les couples homosexuels se sentent souvent jugés par les autres parents. Une pression sociale que les psychiatres ressentent dans leurs cabinets, comme témoigne le docteur Stéphane Nadaud, pédopsychiatre et philosophe :

« Pour ces familles, c’est comme une épée de Damoclès, on peut parler de double peine, c’est flagrant. Dans mon cabinet, je reçois des familles homoparentales avec des enfants qui vont bien. Les parents viennent car ils craignent que leur enfant aille mal. Et cela, c’est une peur induite par la société. »

Un jugement, ressenti par les parents mais assez peu par les enfants selon notre spécialiste : 

« Pour ce qui est de la pression, c’est beaucoup plus dans la tête des parents que des enfants. Les enfants c’est leur logique quotidienne d’être éduqués dans une famille homoparentale donc ils se posent moins de questions. Avant l’homosexualité signifiait stérilité donc c’est un gros changement en 20 ans pour les homosexuels ! Alors que les enfants, eux, baignent dans ce schéma donc ce n’est pas pareil. » 

Famille homoparentale : la répartition des rôles

Autoritaire, câlin, laxiste… Il n’y a pas de type sexué de parent. Pour le psychiatre et psychanalyste, Serge Hefez, la parentalité n’est pas sexuée : 

« La parentalité en tant que telle n’est pas sexuée. Le fait de prendre soin d’un enfant, de l’aider à grandir, de le rendre autonome, de l’aimer, n’est pas à proprement parler du ressort du féminin ou du masculin. Dans les couples hétérosexuels, le rôle du père et de la mère est de plus en plus flou, les enfants s’adaptent. Quant à l’identification masculine ou féminine pour définir de quel genre on est, on va la puiser partout, pas seulement dans la famille mais aussi dans l’entourage, dans la société, chez les frères et sœurs, les copains de classe etc. »

Lorsque l’on évoque l’homoparentalité, la question d’un référent de l’autre sexe se pose souvent. Mais cette question est biaisée car le couple homosexuel n’exclut pas l’altérité sexuelle. Serge Hefez affirme que, concernant la compétence maternelle, elle se développe aussi bien chez les papas que chez les mamans : 

« La compétence maternelle, c’est cette façon de comprendre l’enfant, de répondre à l’expression de ses besoins. Si une mère meurt en couche, un père va développer ces compétences. Ce n’est pas lié. Ce qui se joue dans les couples, dans 98 % des cas : c’est la femme qui développe la compétence maternelle. Et dans les couples homos, il y a une des mamans ou des papas qui vont effectivement développer cette compétence maternelle. »

Comment expliquer leurs origines aux enfants ?

Dans les familles homoparentales, que ce soit en cas d’adoption ou après un parcours GPA, ou une PMA, les enfants seront amenés à se questionner sur leurs origines. Cela peut être une source d’angoisse pour les parents. Mais il faut laisser les choses venir naturellement comme le préconise le docteur Stéphane Nadaud : 

« La chose à priori la plus confortable pour les parents, c’est de répondre aux questions des enfants. Les enfants peuvent le demander très tôt. Vous savez une famille c’est aussi une maison, un appartement, des murs plus ou moins épais. Les enfants peuvent tomber sur un papier, entendre une bribe de conversation… et lorsqu’ils posent des questions souvent, ils ont déjà deviné des choses. »

Le docteur Serge Hefez partage ce discours :

« Je crois qu’il faut anticiper mais pas trop. C’est toute la difficulté avec les enfants. Il faut leur permettre d’être curieux et donc parler de plein de sujets mais pas de leur donner toutes les réponses avant qu’ils n’aient exprimé leur curiosité. Et s’ils posent la question, il faut leur dire qu’il y a de tout dans ce monde :  des amoureux avec des amoureux, des amoureuses avec des amoureuses et des amoureux avec des amoureuses. C‘est ça qu’ils doivent dire à leurs copains et leurs copines. »  

Quand le regard des autres vise les enfants

Les parents dans les familles homoparentales craignent parfois que leurs enfants soient victimes de brimades ou de remarques. Le docteur Nadaud a un conseil : 

« Si votre enfant vous raconte qu’on lui dit qu’il est dans "une famille pas normale", répondez lui qu’ils se trompent. Il faut répondre que ce qui est important, c’est ce à quoi croit votre famille et qu’il y aura toujours quelqu’un pour dire qu’on n’est "pas normal". Qu’il s’agisse du schéma familial, du physique ou autre. Il faut faire front ensemble et dire que cette remarque vous fait aussi de la peine et que vous pouvez aller parler à cet enfant ou aux parents de ce camarade s’il le veut. »

Quant au docteur Serge Hefez, il pense que la seule chose qui diffère entre les enfants de couple homosexuels par rapport à ceux de famille hétérosexuelle, c’est qu’ils ont à défendre en permanence le contexte dans lequel ils vivent : 

« Ce que montre les études, c’est que chez les parents homosexuels, il y a un tel souci de bien faire, que rien ne cloche, par exemple, ils vont chez le pédopsychiatre dès que l’enfant manifeste un problème. Si bien que ce sont des enfants souvent un peu plus performants et un peu plus capables d’ouverture sociale. Ils sont clairement plus tolérants que les autres enfants. »

La rédaction de La Maison des Maternelles