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Harcèlement scolaire : comment en sortir ?

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Publié le 18.11.2021 à 15h48 
(mis à jour le 18.11.2021 à 15h56)

Emmanuelle Piquet est psychopraticienne et spécialiste du harcélement scolaire : elle répond à nos questions.

Emmanuelle Piquet est également fondatrice de Chagrin Scolaire, un centre spécialisé dans l’apaisement des souffrances en milieu scolaire, et auteure de plusieurs ouvrages sur le sujet comme « Le harcèlement scolaire en 100 questions » aux éditions Tallandier ; « Je me défends du harcèlement » aux éditions Albin Michel ou encore « Te laisse pas faire » aux éditions Payot.

LMDM - Nous l’avons vu dans l’histoire de Sacha, le harcèlement peut commencer par une seule personne, qui en entraîne ensuite d’autres. Qu’est-ce qui peut expliquer qu’un élève s’attaque ainsi à un autre élève ? 

Emmanuelle Piquet – Il y a déjà un objectif de sécurisation. Les enfants sont totalement paniqués à l’idée d’être seul.e et d’être harcelé.e. C’est quelque chose de très présent dans la société actuelle. Une « bonne » façon de ne pas se faire harceler… c’est donc de harceler ! C’est un antidote qui fonctionne plutôt pas mal. Quand on terrorise tout le monde on a moins de risque d’être harcelé.e. La deuxième chose, c’est qu’il y a une forme de plaisir chez le harceleur. Un plaisir lié au pouvoir, à la toute-puissance, à l’emprise, au fait de gérer tout un groupe. Ce qui au fond donne le feeback que cela fonctionne, c’est la souffrance de l’enfant harcelé, qui est visible dans sa posture. Il n’y a même pas besoin de le dire, ça se voit : Sacha le dit très bien, elle disait qu’elle tremblait, qu’elle se sentait mal etc.

Si l’on soupçonne quelque chose, que faut-il dire à l’enfant pour débloquer la parole et l’encourager à parler ? 

Il y a environ 60% des enfants et ados qui n’en parlent pas aux adultes, donc c’est une très bonne question. Une bonne façon de les faire parler, si l’on suspecte, que l’on sent dans son cœur de parent que quelque chose ne va pas, c’est de dire : « J’ai l’impression que ça ne va pas avec les autres, je comprends que tu ne m’en parles pas pour l’instant, si tu veux m’en parler à un moment, je ne ferai rien avec lequel tu ne seras pas d’accord » : il faut écouter les enfants harcelés. Il faut que l’adulte soit là mais à côté de l’enfant, pour l’aider a faire des choses un peu différemment. Il faut comprendre que les enfants se taisent car ils veulent nous protéger et ils ont très peur de ce qu’on va faire et de ce que ça pourrait générer comme conséquences. Ils ont honte, et ils ont l’impression qu’au fond c’est comme s’ils le méritaient, car intrinsèquement ils ne vont pas. Et ça, ça ne va pas : on ne peut pas laisser dire que les enfants se font harceler parce qu’ils sont différents, spéciaux… ce n’est pas vrai ! Le harcèlement ça touche tous les enfants, tous les ados. 

La rédaction de La Maison des Maternelles