france.tv

Grossesse et obésité : "Il faut arrêter d'agresser les femmes avec cette question du poids"

3 min de lecture
Publié le 12.11.2020 à 13h17 
(mis à jour le 17.11.2020 à 11h28)

Dr Bounan, gynécologue-obstétricien et chef de service à la maternité de l’hôpital Delafontaine à Saint-Denis, a créé un service adapté pour les soins des futures mamans souffrant d'obésité. Pour LMDM, il revient sur les risques, la prise en charge et le suivi de la grossesse pour ces femmes.

LMDM – Y a-t-il des conseils particuliers pour des patientes obèses en terme de prise de poids pendant la grossesse ?

Stéphane Bounan - Les études ont des conclusions différentes sur cette question. Nous préconisons de ne pas imposer d’objectif de poids mais plutôt de donner les bons conseils diététiques. Souvent le problème de poids existe depuis des années. Quand une future maman vient pour faire suivre sa grossesse, il ne faut pas l’agresser avec son poids. C’est contre-productif. On est là pour la conseiller, l’encadrer et surveiller que sa grossesse se passe bien.

Donc il ne faut pas imposer de régime à une future maman en surpoids ?

Le régime et la perte de poids pendant la grossesse chez une femme obèse sont déconseillés, car elle est souvent carencée (souvent des carences en différentes vitamines à cause d’une mauvaise alimentation). Il ne faut pas augmenter ses carences, car cela pourrait provoquer des retards de croissance in utéro.

Diabète, hypertension, pré-éclampsie… La femme enceinte obèse est- elle une patiente à haut risque ?

Oui, mais le risque n’arrive pas forcément. Il faut surveiller l’hypertension et toute la famille pour cette maladie (pré-éclampsie, l’hématome retro-placentaire, placenta qui fonctionne mal). Il y a ensuite le diabète préexistant ou gestationnel.

  • Le diabète gestationnel est rarement embêtant. Avec un petit régime accompagné ou pas de petites doses d’insuline, on peut l’équilibrer.
  • Le diabète de type 2 que l’on découvre lors de la grossesse mais qui était déjà présent, est plus difficile à équilibrer.

Il faut aussi surveiller les complications thrombo-emboliques avec la phlébite et l’embolie pulmonaire qui perdurent tout le temps de la grossesse et 6 semaines après accouchement.  

Le surpoids de la mère peut-il faire prendre un risque au développement du bébé ?

On sait qu’avec le diabète il y a un risque de malformation fœtale si l’insuline est mal équilibrée au moment de la conception. Une récente étude a montré que les femmes diabétiques et obèses présentent plus de risque d’avoir un enfant atteint de malformations que les femmes diabétiques.

Le diabète augmente également le risque de macrosomie fœtale, c’est-à-dire un gros bébé (plus de 4,5 kg à la naissance), tout comme l’obésité. Dons si la future mère est obèse et diabétique, les risques sont considérablement plus élevés.

Il y a également, pour le bébé, les risques liés à la pré-éclampsie qui présente une mortalité périnatale plus importante. De plus, on conseille souvent aux futures mamans de se rendre aux urgences si elles ne sentent plus leur bébé bouger. Or certaines femmes obèses sentent moins leur bébé bouger. Cela leur fait un signe d’alerte qui disparaît. Enfin, les nouveau-nés de femmes obèses sont 5 fois plus représentés en soins intensifs.

La prise en charge est-elle importante pour qu’une femme en surpoids vive au mieux sa grossesse ?

Quand on a mis en place le projet de notre filière adaptée aux futures mères obèses, nous avons d’abord réuni des femmes enceintes et obèses pour leur demander ce qu’on pourrait mettre en place dans le suivi. Toutes ont pleuré.

Chez ces femmes, il existe une détresse psychologique, une souffrance qui est due au surpoids ou parfois c’est le surpoids qui est dû à une souffrance. Je me souviens qu’une des jeunes femmes souffrait de ne pas voir son ventre grossir comme les autres. Il peut y avoir une prise de conscience que son corps est différent. Voir son corps changer peut aussi être compliqué pour certaines. Cela peut pourrir leur grossesse. C’est pourquoi on propose une consultation individuelle psychologique qui peut parfois déboucher sur un vrai suivi.

La rédaction de La Maison des Maternelles