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Grossesse alitée : comment la gérer au mieux ?

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Publié le 02.04.2019 à 13h52 
(mis à jour le 09.04.2019 à 17h27)

En France, 10 % des femmes enceintes doivent rester alitées pour donner une chance à leur bébé de naître à terme. 

Grossesse alitée : les raisons médicales 

Lorsque le personnel médical décide d’aliter une femme enceinte, c’est pour qu’elle prenne un minimum de risque durant sa grossesse, comme l'explique Amélie Michon, sage-femme :

« L’alitement se décide au cours de la grossesse et en fonction du degré de risque d’accouchement prématuré (MAP). Il peut être strict ou moins strict avec un minimum de mouvements permis : la douche, aller aux toilettes etc. Dans les cas les plus sévères de col raccourci, moins de 25 millimètres, on peut être hospitalisée et recevoir des traitements pour calmer les contractions et des injections de corticoïdes pour rendre matures les poumons du nourrisson. »

Les facteurs qui peuvent entraîner cette décision sont : 

  • La menace d’un accouchement prématuré (MAP). 

Elle survient avant 37 semaines d’aménorrhée. Le risque est la présence de contractions utérines qui ont une action sur le col et le modifie. 

  • Une rupture prématurée des membranes, c’est-à-dire une fissure de la poche des eaux. 

À ce moment-là, on demande un repos alité car il y a, soit un risque d’infection, soit le risque que les substances contenues dans cette poche agissent sur le col, ce qui pourrait provoquer l’accouchement.

  • Des malformations utérines. Elles sont plus rares, par exemple lorsqu’un utérus est cloisonné. 
  • Un placenta praevia, c’est-à-dire un placenta placé trop bas. 

Pour certaines grossesses alitées, les femmes doivent aussi subir un cerclage. Il s’agit d’une opération où l’on insère dans le col une sorte de fil qui va augmenter sa résistance. Il n’est pas pratiqué en première intention, mais plutôt lorsqu’il y a eu plusieurs fausses couches tardives. 

Clouée au lit, une annonce qui chamboule tout 

Amélie est l’heureuse maman de Melchior, 1 an et demi. Mais avant son accouchement, elle a dû rester au lit durant 5 semaines. Une annonce qui a fait l’effet d’une bombe :

« J’ai été alitée à la fin du sixième mois parce que le bébé était positionné très bas et ma gynécologue avait peur que j’accouche en avance. Elle m’a dit lors d’un examen de contrôle : « Il est bas, il est bas je le sens ».  Moi j’avais peur d’accoucher, j’avais beaucoup de contractions. C’est à la prématurité que j’ai pensé en premier car je devais accoucher mi-avril et j’ai été alitée dès fin janvier. C’était un alitement strict. J’avais le droit juste à 10 minutes de marche le matin et l’après-midi. J’étais anéantie, c’était affreux car je travaillais. Cela voulait dire que j’étais arrêtée définitivement. Je me sentais coupable. Je me disais que je ne m’étais pas assez ménagée. Pourtant, je n’en avais pas trop fait quand j’y pense avec le recul. Ajoutons à ça que j’avais perdu mon papa à 4 mois et demi de grossesse. Certes, je n’y pouvais rien mais c’était éprouvant nerveusement. Le risque d’avoir un enfant prématuré m’angoissait énormément aussi. »

De l’organisation pour plus de repos !

Évidemment, réduire un maximum ses efforts physiques est une épreuve en soi. D’autant plus lorsque les femmes ont déjà des enfants. Il faut revoir toute l’organisation de la maison et mettre à contribution les proches. 

« Le principal souci c’est que les femmes se relèvent tout le temps : elles se font un thé puis 20 minutes plus tard, elles ont envie de faire pipi, ensuite elles vont chercher la télécommande, puis leur téléphone, indique Aurélie Michon. Mon principal conseil serait : préparez tout ! Dépliez le canapé convertible et installez-vous. Vous pouvez faire de la couture, utiliser l’ordinateur, lire des bouquins. » 

Elle précise aussi que si la maman a déjà un ou plusieurs enfants, il faut mettre en marche un réseau, et faire appel à un mode de garde supplémentaire. 

Amélie, lors de son alitement a dû trouver le moyen de s’occuper tant bien que mal :

« On passe son temps avec son ordi et une bonne connexion internet. J’ai regardé pas mal de séries, je lisais des trucs sur la grossesse, je connaissais tout du développement mois par mois du fœtus. J’ai mis ce temps à profit pour faire ma préparation à l’accouchement. J’ai choisi la sophrologie. Alors comme j’avais le droit à 10 minutes de marche le matin, j’y allais, je m’allongeais et je me relaxais. Cela m’a fait beaucoup de bien car la sage-femme m’a beaucoup détendue et rassurée.»

Quel suivi et quels risques ?

Le suivi à domicile peut être envisagé en fonction des risques de la grossesse. Aurélie Michon, pour sa part, procède ainsi :

« En tant que sage-femme, je vais faire des monitorings une fois par semaine. Les femmes sont surveillées pour voir si le repos fonctionne. On leur donne aussi des conseils d’organisation. J’essaie aussi de leur faire un peu de préparation à la naissance car cela leur manque. C’est dans ces moments-là que l’on créer un lien avec la sage-femme. Mes visites sont prescrites par le gynéco ou alors organisées dans le cadre d’une HAD (hospitalisation à domicile) pour les cas plus sévères. »

Côté risque pour le corps, il y a tout de même quelques conseils préventifs à suivre : 

  • Mettre des bas de contention ou des collants. Car avec le manque de mouvements, la circulation sanguine est moins fluide. Ce qui peut engendrer des risques de thrombose et de phlébite.
  • Attention au grignotage ! Le fait d’être à la maison, de regarder la télé au lit peut pousser la future mère à trop se nourrir. Il est conseillé de fractionner son alimentation dans le temps. 
  • Il faut varier les positions, selon celles où la maman se sent le plus à l’aise. 

Transformer son alitement en expérience positive !

Pour certaines femmes, l’alitement est vécu comme une épreuve. Il ne faut cependant pas se laisser abattre selon notre spécialiste Aurélie Michon :

« Ce n’est pas facile à vivre mais c’est une belle école de la parentalité. Parfois, on envisage des choses et ça ne se passe pas comme prévu. Avec les mamans, on travaille ensemble pour qu’elles apprécient aussi ce moment. Ce n’est pas parce qu’on est alitée qu’on sera une mauvaise maman. »

L’alitement d’Amélie s’est, quant à lui, clos sur un rebondissement : 

« Au bout de 5 semaines d’alitement, j’avais un rendez-vous de contrôle à la maternité. La gynéco de la maternité me dit : "votre ventre est bas et vous avez des contractions mais votre col est fermé, je ne vous aurais pas alitée". J’ai eu un peu l’impression qu’on s’était foutu de moi, mes copines me disaient : "tu t’es faite aliter pour rien". J’ai confiance en ma gynéco de ville, je pense qu’elle a joué la précaution à l’extrême. Pour autant, je n’ai pas repris une activité normale, il fallait que j’y aille doucement avec une sieste l’après-midi. Je ne prenais pas les transports mais je remarchais un peu. J’ai accouché 4 jours avant le terme. L’accouchement s’est bien passé. Melchior pesait 3,5 kilos pour 50 cm. »

Enfin, il est important de préciser que si on a été alitée lors d’une première grossesse, cela ne se reproduira pas forcément pour les prochaines. Chaque grossesse est différente

La rédaction de La Maison des Maternelles