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GPA en Belgique : vos questions

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Publié le 29.09.2021 à 12h04 
(mis à jour le 29.09.2021 à 12h11)

Dr Candice Autin est gynécologue-obstétricienne et cheffe du service de Procréation Médicalement Assistée du CHU Saint-Pierre à Bruxelles, où elle accompagne des parents en parcours GPA.

Dr Candice Autin accompagne des parents en parcours de GPA (Gestation Pour Autrui) avec une porteuse connue proche du couple, puisque la GPA commerciale est illégale en Belgique. Elle travaille en étroite collaboration avec les psychologues du service. Elle répond à nos questions.

LMDM - La GPA n’est pas encadrée juridiquement en Belgique. Vous êtes donc parmi les seuls accompagnements sécurisants possibles pour ces couples. Ça vous arrive malgré tout de refuser des projets ?

Dr Candice Autin - Effectivement il n’y a pas de cadre légal, un contrat de GPA n’a aucune valeur en Belgique d’où notre démarche : c’est le tissu relationnel entre l’équipe et tous les protagonistes de la GPA qui va faire que tout le monde se sent en sécurité, et que le bébé naît dans un environnement sécurisant. Dans les patients qui viennent nous voir, 40% abandonnent avant qu’on commence quoi que ce soit : pendant ou après les entretiens ils se rendent compte que c’est trop complexe pour eux, la mère porteuse se désiste, ou autre.

S’ils vont au bout des entretiens et examens, on leur dit si on est confortable ou non avec leur demande, et oui on refuse régulièrement et on explique pourquoi : la plupart du temps parce que la situation est trop risquée d’un point de vue médical ou psycho-social pour la mère porteuse.

La mère porteuse ayant porté le bébé pendant 9 mois et restant proche de lui ensuite tout au long de sa vie, est-ce qu’il n’est pas difficile pour elle de trouver une juste place par rapport à l’enfant ?

Dans le cas de GPA aux États-Unis et au Canada, la relation entre les parents et la mère porteuse se créé autour de la GPA. Dans un contexte de GPA comme nous pratiquons, avec une proche, cette relation existe au préalable. La porteuse garde donc ensuite la même place que celle qu’elle avait avant de porter l’enfant, tout en étant consciente qu’elle a eu une fonction particulière dans le soin de cet enfant pendant plusieurs mois. Nous n’avons pour le moment eu aucun retour d’expérience où la mère porteuse nous dit « je ne sais pas où me mettre ». Car elle n’assume pas de fonction parentale, n’est pas au quotidien avec l’enfant et n’en prend pas soin tous les jours. Elle va par contre profiter du bonheur de ces personnes qu’elle a aidé et qui sont des proches.

La mère porteuse s’attache-t-elle parfois au bébé pendant la grossesse ?

Heureusement, elle s’y attache : on voit mal comment elle pourrait porter un enfant 9 mois sans s’y attacher ! Mais c’est un attachement différent. Tous les retours que nous avons c’est que la mère porteuse s’attache au bébé, mais l’attachement ne se construit pas de la même façon que lors des grossesses vécues précédemment. La fécondation in vitro est faite avec les gamètes des parents d’intention, l’embryon est transféré chez la mère porteuse, qui elle a une fonction de s’occuper de ce bébé pendant 9 mois, puis le rendre à ses parents. C’est comme un relai dans le soin.

On dit qu’un nouveau-né reconnaît l’odeur et la voix de sa mère parce qu’il l’a sentie et entendue toute la grossesse. Du coup, peut-il y avoir une confusion pour le bébé entre la porteuse et la maman ?

C’est difficile de parler à la place du bébé. Mais les parents souvent enregistrent leurs voix que la mère porteuse fait écouter au bébé, ils sont présents pendant les échos et à différents moments de la grossesse car dans ce type de GPA, il y a une proximité avec la porteuse. Ce n’est évidemment pas la même chose mais ce qui est important c’est le lien qui va se créer à la naissance entre le bébé et ses parents. C’est un lien qui va se créer au jour le jour, comme pour tous les bébés c’est petit à petit que le lien se construit.

La rédaction de La Maison des Maternelles