france.tv

Gérer la jalousie dans une fratrie

8 min de lecture
Publié le 03.04.2019 à 18h19 
(mis à jour le 09.04.2019 à 17h40)

Vos enfants sont jaloux l’un de l’autre et ça s’entend dans toute votre maison ! Ils se disputent, ils se battent et veulent attirer votre attention à tout prix ! Cette rivalité est-elle inévitable ? 

Comment réagir lorsqu’il y a des disputes ? Et comment faire quand le conflit est quotidien ? LMDM avec l’aide de sa spécialiste vous dit tout sur la jalousie dans les fratries et les conseils pour l’apaiser !

La jalousie, ça vient de quoi ?

Qu’ils soient deux enfants, trois ou quatre, il est difficile d’échapper à certaines crises de jalousies. Parfois, elles sont rares, et parfois quotidiennes. Ces disputes émanent d’une rivalité entre vos enfants. Mais d’où vient cette jalousie ? Elle fait référence à une émotion. Une peur panique pour l’enfant de ne pas être l’élu, le seul et l’unique. Pour Emmanuelle Picquet, psycho-praticienne, fondatrice des centres Chagrin Scolaire, la jalousie est aussi une construction parentale :

« Dans l’éducation bienveillante par exemple, les parents disent aux enfants : "Tu as le droit d’être jaloux, mais arrête de taper ton frère !". Je trouve que c’est une très mauvaise façon de dire les choses ! Si on avait vraiment le droit d’être jaloux alors on aurait le droit de taper son frère. Ce qui est marquant c’est que c’est une notion très dévalorisée par la société, c’est moche d’être jaloux alors que ce n’est pas moche d’avoir peur ou honte. »

Les parents considèrent que la jalousie entre les frères et sœurs serait normale. Pourtant, il y a certaines fratries dans laquelle il n’y a pas de jalousie. Ce n’est pas obligatoire. Là encore, Emmanuelle Picquet parle de « prophétie auto-validante » :

« Malheureusement, pour moi la jalousie de l’aîné ou du deuxième c’est un peu comme le complexe d’Oedipe, on considère que c’est obligatoire alors que pas forcément. Les parents ont tendance à observer tous les comportements de l’enfant sous le prisme de la jalousie. »

Les formes de jalousie 

De la simple jalousie au sentiment d’injustice ressenti par l’enfant, il y aurait plusieurs formes de jalousie. Selon Emmanuelle Picquet, il y a trois formes : 

  • La jalousie classique comme « Je ne veux pas que maman te fasse de calin ».
  • Un complexe de certains enfants. Lorsque l’un d’eux se dit «  Je suis moins doué ou je suis moins joli ». A ce moment, il faut travailler sur l’idée que puisque il sera toujours comme ça, il faut l’accepter. Et lui dire « voyons maintenant ce que tu ferais de différent dans ta vie ». 
  • Enfin, dans la grande majorité des cas : le sentiment d’injustice. C’est un ressenti très fort. Il y a des frères et sœurs qui se sentent moins aimés que l’autre enfant. Le fait que les parents se défendent et essayent de le gommer, ça amplifie ce sentiment car l’enfant se dit que le parent se force. 

A ceci, Emmanuelle Picquet indique qu’il faut que le parent opère un virage à 180 degrés : 

« Le parent doit dire à l’enfant : "J’ai l’impression que j’ai des comportements hyper-injustes avec toi, dès que tu les repères tu me le dis, on le note sur un cahier pour que je me corrige". Le simple fait qu’on dise ça, généralement,  il n’y a rien souvent d’écrit dans le cahier. »

La jalousie vient de causes relationnelles. L’enfant cherche l’intérêt du parent ou des grands-parents. Ça peut se manifester par des enfants qui tapent leur frère ou leur sœur. Des enfants qui se plaignent de ne pas être aimés autant que l’autre. Mais attention à ne pas tout interpréter sous ce prisme, justifier chaque crise de l'ainé parce qu’il est jaloux.

Les fratries : entre dispute et amour

Est-ce qu’il y a dans les fratries une jalousie récurrente ? Les ainés jalouseraient-ils les cadets ou inversement ? Concernant ce sentiment, il n’y a pas de règles. Ca touche tout le monde et d’une façon générale, il faut accueillir ce sentiment plutôt que le contrecarrer. Pour Emmanuel Picquet, il faut que le parent dise la vérité :

« Si l’un des enfants me demandent si j’aime plus sa sœur que lui, je lui répondrais la chose suivante : "C’est vrai tes comportements en ce moment m’agacent plus que ceux de ta sœur." plutôt que de dire "Mais non, mon cœur est élastique !" ». 

L’amour fraternel n’est pas automatique, bien que les parents souhaiteraient une harmonie totale. Intervenir de façon répétée dans ces rivalités impactera la relation des parents avec leur enfants, et non pas des enfants entre eux.

Sur ce propos, quand il y a des disputes, selon Emmanuel Picquet, intervenir fonctionne assez peu :  

« On vient s’immiscer dans une relation qui n’est pas la notre et risque de provoquer exactement l'inverse de ce que l'on souhaite. J’ai des mères qui viennent me voir pour me dire mes enfants se tapent dessus et moi j’ai l’impression d’être transparente lorsque je veux intervenir. C’est normal puisque la maman est à la fois l’enjeu et le spectateur de ces disputes. Vous pouvez donc leur dire : "Je suis ennuyée que vous vous disputiez, ça me casse les oreilles. Je propose de faire une salle de bagarre, dans  la salle de bain car s’il y a du sang ça sera plus facile pour moi de nettoyer, surtout faites ça loin de moi". Déjà ça leur montre que vous ne portez pas d’intérêt à leur dispute, alors que vous êtes l’enjeu. Ensuite, ça met la peur au bon endroit. C’est l’enfant qui va avoir peur et non plus le parent. L’enfant le plus fort se dit qu’il doit faire attention. »

A la place de l’intervention, la psycho-praticienne propose de demander à l’enfant ce qui le rend triste, lui proposer un câlin. Il ne faut pas nier son émotion négative :

« Dire à un enfant jaloux qu'il n'a aucune raison de l'être est absolument voué à l'échec puisque il en concevra un sentiment d'injustice et d'incompréhension encore plus aigu. Je propose de dire aux enfants : "j'ai bien l'impression que c'est difficile entre vous en ce moment. Je ne peux rien y faire, c'est vous qui décidez de vous entendre ou pas. Moi, je vais plutôt me concentrer sur la relation que j'ai avec chacun d'entre vous parce que c'est la seule sur laquelle j'ai un impact" ».

Les solutions : du temps avec chacun et ne pas comparer

Dans un premier temps, il ne faut absolument pas oublier qu’il faut construire une relation particulière avec chacun de ses enfants. Il faut que les parents aient un moment dédié à chacun d’eux. 

Et surtout, selon Emmanuelle Picquet, il faut éviter à tout prix : 

  • La comparaison entre les enfants. Ce qui est difficile par exemple lorsqu’un des enfants est bon à l’école et pas l’autre. Pour ne pas le faire souffrir l’un, on dévalorise l’autre. Si on dit « ne fait pas le malin avec tes bonnes notes ça fait de la peine à ton frère », c’est mépriser le bon élève. Alors, il faut plutôt dire « tu es moins bon en maths mais t’es meilleur en grimaces et ça c’est un talent ! ».
  • Forcer l’un à aimer l’autre. Cela ne fonctionne pas et c’est très mauvais pour les enfants. 
  • Ne pas vouloir être toujours équitable. Selon Emmanuelle Picquet : « L’équité est un objectif noble et illusoire. La vie n’est pas équitable ».
La rédaction de La Maison des Maternelles