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Fausse couche : « C’est effrayant de voir le nombre de femmes qui doivent vivre ça en secret »

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Publié lundi dernier à 12h02 
(mis à jour mercredi dernier à 11h57)

Mathilde a vécu plusieurs fausses couches avant de devenir mère. Dans une BD, elle raconte son histoire et sort du tabou de la fausse couche.

Du désir d’enfant aux fausses-couches à répétition

À 30 ans, Mathilde et son conjoint ont un désir d’enfant. Mathilde tombe alors enceinte très rapidement. Mais après 2 mois de grossesse, en mars 2015, la jeune femme subit une fausse couche :

« C’était très éprouvant physiquement. Je n’étais pas du tout préparé à ce que j’allais vivre, je ne savais pas ce qu’il allait arriver, je ne comprenais pas ce qu’il se passait dans mon corps. »

Malgré cette épreuve difficile, Mathilde sait que les fausses couches précoces peuvent arriver lors du premier trimestre et ne perd pas espoir. Elle retombe enceinte 2 mois plus tard, mais là encore, cette grossesse se termine par une fausse-couche. Mathilde commence alors à douter, à se demander s’il elle n’a pas un problème. Deux mois passent : Mathilde est de nouveau enceinte. En octobre 2015, elle se rend à l’échographie, qui va révéler le drame : Mathilde fait une troisième fausse-couche. Elle raconte :

« Je l’ai appris à l’échographie, je n’avais pas les symptômes d’une fausse-couche. Après cette 3ème fausse couche, ma gynécologue m’a dirigé vers un autre gynécologue spécialiste de l’infertilité. »

La recherche des causes

Avec ce nouveau gynécologue, Mathilde et son conjoint se lancent dans la recherche des causes aux fausses couches, avec de nombreux examens médicaux. Mais comme pour la moitié des cas de fausses couches à répétition, aucune cause n’est trouvée pour Mathilde et son conjoint. Un moment très difficile à vivre pour le couple :

« Quand on a commencé les examens on espérait qu’il y ait une raison, pour avoir une solution. C’est dur de ne pas savoir pourquoi les fausses couches surviennent. Cela veut dire potentiellement que rien ne peut les arrêter. On m’a alors donné des traitements empiriques, qui parfois fonctionnent, et d’autres fois non. »

En juin 2016, Mathilde retombe enceinte. Quelques semaines plus tard, la jeune femme subit sa 4ème fausse-couche.

Une pause nécessaire

La jeune femme est épuisée, tant moralement que physiquement. Elle décide alors de faire une pause :

« Après cette 4ème fausse-couche, j’étais à bout physiquement et émotionnellement, j’avais besoin de me retrouver. J’ai fait de la kinésiologie, de la réflexologie plantaire, mais aussi de la médecine chinoise. J’avais besoin de me consacrer à moi pendant. Être active pour reprendre un peu le pouvoir sur mon corps. »

6 mois plus tard, Mathilde est enceinte. Très marquée par ses précédentes fausses couches, la jeune femme reste prudente :

« J’étais très détachée, je n’ai même pas fait de test de grossesse ou de prise de sang : je savais que j’étais enceinte, je me suis dit "on verra bien" »

Mathilde passe le stade de toutes ses grossesses précédentes. L’espoir renaît doucement pour le couple. Ils se rendent à la première échographie dans un mélange d’angoisse et d’excitation :

« Quand on a passé la première échographie et qu’on a vu que tout allait bien, j’étais en larmes. Après, on riait avec mon conjoint. J’étais très malade pour ce début de grossesse mais cela me rassurait : c’était la preuve par mon corps que j’étais enceinte. J’ai mis du temps à investir cette grossesse, je l’ai annoncé tard à mon entourage. »

La naissance de sa fille… et d’une BD

9 mois plus tard, Mathilde mettra au monde sa fille Mona, en parfaite santé. Illustratrice, Mathilde a dessiné ce qu’elle vivait tout au long de son parcours :

« J’ai commencé à dessiner après ma 3ème fausse couche. J’essayais de retranscrire tout ce que je vivais. J’ai ouvert un blog en 2016, où je racontais mon quotidien. La BD ce n’était pas la première idée, c’est venu après. »

À travers son blog mais aussi sa bande-dessinée, Mathilde raconte son vécu, et souhaite aussi interpeller sur le tabou qu’est la fausse couche encore aujourd’hui :

« Le mot « fausse couche » est tout à fait mal choisi. Je préfère parler de grossesse arrêtée. Ça n’a rien de faux ! Il faut arrêter de nier ce que vivent les femmes qui traversent ça. Quand j’avais fait mes échographies et qu’on me dit « il reste des débris » : c’est violent. C’est une question sociétale. Il y a les mots utilisés, le fait de ne pas dire la vérité sur ce qui va se passer dans le corps, de dire que cela est « comme des grosses règles » Aussi le fait de ne pas avoir de congé pour cela : c’est effrayant de voir le nombre de femmes qui doivent vivre ça en secret. »

En plus de son ouvrage « Mes presques riens » aux éditions Lapin, Mathilde a illustré une brochure explicative sur la fausse couche élaborée par l’École des parents de la Haute-Garonne avec le soutien, de la Fédération nationale des écoles des parents et des éducateurs (Fnepe).         

Marion Cousin