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Famille recomposée : comment la faire accepter à ses enfants ?

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Publié le 22.09.2020 à 17h12 
(mis à jour le 23.09.2020 à 10h39)

Plus d’un enfant sur 10 vit dans une famille recomposée. Une situation qui peut être compliquée, autant pour les parents que pour les enfants. Nicole Prieur, thérapeute et philosophe, nous donne ses conseils.

LMDM : Comment aider à ma fille adolescente à accepter la venue d’un enfant issu de ma nouvelle union ?

Nicole Prieur - Ça prend du temps. Effectivement à douze ans, la grande fille a du mal à laisser la place à un petit derrière elle, parce qu’on perd l’exclusivité. Rendez-vous compte, elle a eu ce regard exclusif des parents, peut-être des grands-parents et du beau-père aussi. Il y a vraiment un réaménagement très important pour cette jeune adolescente à un moment donné où elle se sent fragile, parce que c’est le début de l’adolescence, elle ne sait pas qui elle est. C’est vraiment un moment de grande fragilité pour eux. Donc je pense qu’il faut l’aider, l’accompagner. La présence du petit frère peut l’aider à partir du moment où elle finit par trouver sa place de grande sœur, rassurée par l’importance qu’elle aura pour cet enfant. En général dans les familles aujourd’hui les mères savent qu’on peut demander de l’aide, mais on ne va pas se reposer complètement sur cet enfant-là. Donc effectivement, lui demander au quotidien, lui montrer qu’elle est indispensable, qu’on continue à l’avoir dans notre cœur et qu’elle a son exclusivité à elle parce que c’est la grande et qu’elle va aider énormément. Montrer comment elle peut apporter beaucoup au petit frère.

Le père de mon premier enfant est absent, et mon enfant n'accepte pas son nouveau petit frère...

Quand on a affaire à un absent (ici, le père) l’enfant ne peut pas avoir ce lien-là. Quand l’enfant vole les jouets de son demi-frère -je n’aime pas le mot demi-frère car en général les fratries n’aiment pas l’utiliser-, c’est pour compenser une absence. Il faut bien comprendre que ce qui est difficile à vivre pour l’enfant de la première union c’est qu’il vit quelque chose de très différent et de très déséquilibré. Son petit frère a ses parents constamment, et lui non seulement il ne peut pas avoir ses parents à mi-temps quelque part, mais il n’a plus son père. Donc il vit vraiment un manque. Il y a le deuil du couple parental mais il y a aussi le deuil à faire de sa relation au père. Il ne comprend peut-être pas non plus pourquoi il ne voit pas son père. Et quand un parent ne nous voit pas, en général un enfant se dit que c’est parce qu’il est mauvais, que c’est de sa faute. Donc je pense que dans ces cas-là il faut le faire aider, le faire consulter.

Comment aider son enfant à gérer le conflit de loyauté ?

De toute manière, il y a conflit de loyauté. Alors il peut être plus ou moins lourd, tout dépend de la manière dont l’autre parent a refait sa vie, comment l’autre parent vit, survit, et rebondit après le divorce. Ce n’est pas forcément le parent seul qui va renforcer ce conflit de loyauté, qui va justement rajouter, qui va manipuler. Mais l’enfant -c’est ça la loyauté- se sent quelque part investi de la mission d’avoir à protéger le parent qui est le plus fragile, d’avoir à sauver son parent, donc de lui-même il risque de se mettre dans cette position de sauveur. Les beaux-parents doivent aussi dire tu ne peux pas faire grand-chose pour ton père ou ta mère, et on met en évidence tous les soutiens et toutes les forces que l’autre parent a. On met en évidence le positif. 

La rédaction de La Maison des Maternelles