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Famille d’accueil : plus qu’un métier !

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Publié le 21.01.2022 à 15h16 
(mis à jour le 24.01.2022 à 14h03)

Michèle Créoff, inspectrice des affaires sanitaires et sociales, ex-vice-présidente du Conseil national de protection de l'enfance, répond à nos questions.

LMDM – Quelles questions se poser avant de se lancer ?

Michèle Créoff : Il faut se demander pourquoi on le fait, pourquoi on a envie de le faire. Ça mobilise une dimension émotionnelle absolument extraordinaire. Vivre dans l’intimité de sa famille avec des enfants qu’on va élever à la place des parents, faire à leur place sans en prendre toute la place… Il faut absolument qu’on s’attache à ces enfants, qui ne peuvent pas grandir, quel que soit leur âge, mais surtout quand ils sont tout petits, si l’adulte ne s’attache pas à eux. On ne peut pas dire que c’est un métier de routine, où l’on a des gestes professionnels, un accompagnement professionnel, et tout ira bien. Il va falloir y mettre du sien, de l’émotion. C’est tout le paradoxe de ce métier, et aussi sa richesse : oui c’est un métier : il faut être formé, on est rémunéré. D’ailleurs c’est parfois compliqué à comprendre pour les enfants. Si cette question-là n’est pas traitée et n’est pas au clair avec la famille d’accueil et l’enfant, ça pose des questions. Donc oui c’est un métier, comme beaucoup de métiers du soin, où l’on va travailler avec ses émotions, et on va s’investir émotionnellement auprès de la personne. Comme ce sont des enfants c’est encore plus fondamental, mais ça l’est aussi quand on accueille une personne âgée, une personne vulnérable. C’est parce qu’on va travailler avec ses émotions que l’enfant va pouvoir s’attacher à vous. Parce qu’il sait que vous êtes attaché à lui. Et bien grandir.

Une des raisons du manque d’attractivité de ce métier, c’est aussi le salaire. Y a-t-il des avancées sur ce point ?

Une nouvelle loi qui va repasser en dernière lecture à l’Assemblée nationale le 24 janvier prévoit que dès l’accueil du premier enfant, la rémunération soit à hauteur du SMIC. C’est une première marche vers une revalorisation absolument nécessaire de ce métier. Mais il y a aussi la question de la précarité car le salaire reçu par les assistants familiaux est retiré dès le départ de l’enfant. Concrètement, cela veut dire que du jour au lendemain, ils peuvent se retrouver sans salaire ou avec une partie de leur salaire en moins s’ils accueillent plusieurs enfants. Ce n’est pas normal que les aléas des placements d’enfants bouleversent ainsi l’équilibre financier d’une famille. Il faut donc parler montant et régularité. Il y a aussi les diversités des rémunérations, qui dépendent des départements. Tout ça construit une précarité.

La rédaction de La Maison des Maternelles