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Être mère en prison

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Publié le 26.10.2021 à 10h45 
(mis à jour le 26.10.2021 à 10h52)

Margaux, mère de 3 enfants et incarcérée, nous raconte comment elle garde le lien avec sa famille, derrière les barreaux de la prison.

Petit rappel

Lorsqu’une mère de famille est incarcérée, un droit de visite est accordé à ses enfants. La fréquence et les conditions sont déterminées par le juge des enfants. Si jamais l’enfant à moins de 18 mois, la mère a la possibilité de garder son enfant en prison avec elle. Il quittera la structure à ses 18 mois. 

Margaux, mère de trois enfants âgés de 9, 7 et 5 ans au moment de l’incarcération, a été emprisonnée deux ans. Elle raconte : 

« Au départ, le juge pour enfant avait décidé que je ne pouvais voir mes enfants qu’une fois par mois, pendant un an environ. Ensuite, j’ai eu le droit à une visite tous les 15 jours. »

La première séparation

Le jour de son arrestation, Margaux a dû dire au revoir à ses enfants. Une séparation difficile encadrée par des éducateurs de l’ASE (aide sociale à l’enfance) formés à ce genre de situation :

« J’ai leur droit de leur faire un dernier bisou. Le plus jeune de mes enfants s’est accroché à moi et pleurait beaucoup, c’était plus compliqué pour lui. Après je l’ai confié à l’éducateur de l’ASE en lui disant regarde tous les bonbons qu’il a pour toi.  Mais dans l’ensemble je dirai que ça s’est bien passé, ils ont fait ce qu’on leur a demandé de faire. »

Le temps que le juge pour enfant statue sur son dossier, Margaux ne pourra pas voir ses enfants. Ils lui rendront visite six mois plus tard. Pour maintenir le lien pendant ces 6 premiers mois de séparation, Margaux écrit à ses enfants et leur téléphone :

« Je leur envoyais des courriers personnalisés et la juge m’avait accordé le droit de téléphoner à mes enfants une fois par semaine pendant trente minutes. Après, j’ai pu téléphoner une heure le mercredi, une heure le samedi, une heure le dimanche et tous les soirs à 19h45 pour le « bisou du soir » avant qu’ils aillent au lit. C’était notre petit rituel, et si je n’appelais pas, ils n’allaient pas se coucher. » 

Les visites au parloir

Après six mois sans voir ses enfants, ils ont pu lui rendre visite. La mère et ses enfants se retrouvent dans une salle dite « relai enfant parent », une sorte de parloir :

« Il y a une petite salle relai enfant parent d’environ 5 m2 je dirais. À l’intérieur : une table, quelques chaises mais complètement détériorées. Il y a aussi quelques jeux : des livres avec des pages qui manquent, des jouets d’éveil. Soit on a accès à cette salle en mode familial c’est-à-dire avec nos enfants et les grands-parents, soit par l’intermédiaire de l’ASE si nos enfants sont placés. »

Ces visites sont chargées en émotion. Les enfants ne peuvent rien apporter de l’extérieur mais Margaux leur offre un goûter :

« Le moment où vous allez à leur rencontre, le chemin de la cellule au parloir, la pression monte et tout est décuplé en prison. On les entend avant de les voir car il y a plusieurs portes à passer. C’était magnifique. Pendant une heure, on fait abstraction de la prison, on est dans une bulle c’est comme si on était à l’extérieur. On les mange de bisous. Et une fois que c’est fini on pense déjà à la prochaine. On compte les jours . » 

 

 

Floriane Gillette.

La rédaction de La Maison des Maternelles