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Être enceinte loin d’une maternité

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Publié le 21.05.2019 à 15h54 
(mis à jour le 21.05.2019 à 16h24)

En 20 ans, en France, plus de 300 maternités ont fermées. Certaines femmes doivent donc parcourir des kilomètres pour se rendre dans la maternité la plus proche et pouvoir accoucher.

Moins de maternités

Au 1er janvier 2019, il ne reste que 488 maternités sur tout le territoire, alors, qu’en 1975 on en comptait encore 1400. Châteaudun, Bernay, Le Blanc… Ce sont les petites et moyennes communes qui sont directement touchées par ces disparitions. Et si l’opinion public pense que ces fermetures peuvent être entraînées par la baisse des naissances, le professeur Israël Nisand, gynécologue-obstétricien au CHU de Strasbourg et président du Collège national des gynécologues obstétriciens français, affirme que c’est le fait gloablement de l’absence de médecins sur place :

« Il faut plusieurs médecins qui puissent se relayer. Car un médecin ne peut pas enchaîner les gardes 365 jours par an. Avec l’instauration du numerus clausus, limitant le nombre d’étudiants en médecine pendant 40 ans, on assiste à une véritable pénurie de professionnels. Les jeunes médecins ne souhaitent pas aller dans un service qui compte moins d’un accouchement par jour, où ils vont s’ennuyer et perdre leur expertise. Or une maternité qui n’aurait pas ces 3 disciplines (obstétrique, pédiatrie et anesthésie), présentes en cas d’urgence, n’aurait de « maternité » que le nom. Le Collège national des gynécologues obstétriciens français vient d’ailleurs d’éditer un document, en vue d’établir les ressources humaines minimales nécessaires en obstétrique et gynécologie, pour faire face aux activités non programmées. Si une maternité ne peut pas avoir ce niveau de sécurité, il faut bien se résoudre à la fermer. »

Des inégalités territoriales

Comme le révèle une étude de la Boîte Rose pour LMDM, les disparités en région sont importantes. Ainsi, en Île-de-France, moins de 5 % des femmes mettent plus de 40 minutes à rejoindre leur maternité, alors qu’en Bourgogne Franche-Comté, elles sont près de 17 %. Et logiquement plus le temps de trajet est long plus les femmes sont inquiètes. Elles sont, ainsi 71 % à se déclarer inquiète quand le trajet entre leur domicile et la salle d’accouchement peut durer entre 40 minutes et 1 heure. Des inquiétudes légitimes car plus le trajet est long, plus il y a de risques encourus pour la femme et le bébé, comme le rappelle le spécialiste :

« Il existe une étude qui affirme qu’à plus de 45 minutes d’une maternité, on double la mortalité périnatale. Il faut savoir que l’obstétrique est la discipline où il y a les plus grandes urgences. Elles peuvent concerner autant la maman que le bébé. Il y a par exemple le risque d’accoucher dans l’ambulance ou dans sa voiture, ou que le bébé ait besoin d’une réanimation. »

Des solutions 

Pour pallier à ces nombreuses désertifications, il existe des centres périnataux de proximité, un peu partout en France : Mauriac, Nogent-le-Rotrou, Lourdes… Ces structures médicales assurent des consultations pré et post natales auprès des parents. Et certaines, comme la clinique Saint-Luc à Schirmeck, propose aux futurs parents un large choix de préparation à la naissance : hypnose, haptonomie, yoga ou ateliers de soins au bébé.

Et pour le suivi de grossesse, même loin, il peut être assuré, rassure Anne-Isabelle Boulogne Munoz, sage-femme coordinatrice à la maternité de l’hôpital Beaujon à Clichy :

« Aujourd’hui on cherche à hiérarchiser les grossesses, repérer les grossesses à haut risque et les grossesses à bas risque. Dès le début de la grossesse, quand les mamans s’inscrivent dans leur maternité, on fait une consultation d’orientation pour vérifier les éventuels antécédents, les pathologies maternelles… Pour les grossesses physiologiques, les mamans seront suivies en ville. Elles seront accueillies à la maternité pour leur accouchement et resteront 2 ou 3 jours. Après, les sages-femmes de ville reprendront le relais. L’hôpital va uniquement suivre les grossesses pathologiques. Pour les femmes en situation de précarité, qui ne sont pas en mesure de payer les dépassements d’honoraire, l’hôpital ou les sages-femmes de PMI peuvent les prendre en charge. »

La rédaction de La Maison des Maternelles