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Enfants victimes de féminicides : une association réclame un réel soutien de l'État

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Publié le 06.07.2021 à 17h03 
(mis à jour le 06.07.2021 à 18h38)

Anne-Sophie, dont la mère a perdu la vie suite à un féminicide en 2019, témoigne pour LMDM. Elle, ses sœurs et d’autres orphelins de féminicides, soutenus par l’Union nationale des Familles de Féminicides, lancent une pétition pour que le gouvernement reconnaissent leur statut de victime.

« Ma maman est le 14ème féminicide de l’année 2019. Elle a été tuée par mon géniteur, qui a appelé la gendarmerie avant de se suicider » : si Anne-Sophie a décidé de revenir aujourd’hui sa douloureuse histoire, c’est pour que les choses changent. Cette jeune trentenaire estime en effet que l’État n’apporte pas suffisamment de soutien aux enfants dont les mères sont victimes de féminicides.

Le 27 janvier 2019, sa petite sœur, Pauline, 25 ans à l’époque, se rend chez sa mère. Arrêtée à proximité du domicile familial par les policiers, elle appelle sa sœur :

« Ma petite sœur Pauline allait chez ma mère. Elle a été arrêtée par un barrage de la gendarmerie à quelques mètres de la maison. Il y avait les policiers et le maire. Elle a compris que quelque chose de grave avait dû arriver. Elle m’a appelé en pleurs et je suis arrivée sur les lieux. Un gendarme nous a appris le décès de notre père, puis après, le décès de notre mère. Aucune précaution n’a été prise à l’annonce. Cela s’est passé devant tout le monde. »

Anne-Sophie, Pauline, et leur petite sœur Emilie, 19 ans aux moments des faits, sont sous le choc. Anne-Sophie relate de « violences physiques et psychologiques dans la cellule familiale », d’une mère « sous emprise depuis des années » qui « 3 jours avant son décès, avait annoncé son souhait de divorcer ». Les 3 filles, désormais orphelines, doivent maintenant faire face, seules, à la situation. Anne-Sophie raconte :

« Nous n’avons pas vu de psy, seulement le médecin qui était d’astreinte, car c’était un dimanche matin. Il avait établi les certificats de décès 2 heures auparavant. Nous sommes ensuite rentrées chacune chez nous, sans bénéficier d’aucun soin d’urgence. La gendarmerie n’a même pas contacté les urgences psychiatriques du CHU de St-Nazaire, qui eux, étaient habilités à traiter le traumatisme de l’annonce. Après, c’est nous-mêmes et avec nos propres moyens que nous avons décidé d’entreprendre une prise en charge psychologique, psycho traumatique. Rien n’était prévu par l’État. »

Au-delà du manque d’aide psychologique, Anne-Sophie déplore également l’abandon de l’État pour gérer les aspects administratifs, financiers et même, le nettoyage de la scène de crime :

« L’aide qu’on a eue de l’État, c’est une pseudo prise en charge du nettoyage de la maison, à l’initiative du maire. Ce nettoyage s’est avéré sommaire puisque, quand on a pu rentrer dans l’habitation, on a été face à la scène de crime.

L’état ne nous a en rien accompagné : on a dû faire face à la liquidation judiciaire de l’entreprise de mon père, faire face aux frais d’obsèques des 2, déblayer la maison, réparer la porte d’entrée fracturée par l’assaut du GIGN, payer tous les frais de destruction de la maison liées aux impacts balistiques. On a nous-mêmes fait appel à une deuxième société de nettoyage pour intervenir dans la maison, qui elle-même n’a pas bien fait son travail. On a été contraintes finalement de se charger de nettoyer la maison. »

Aujourd’hui, aux côtés de l’UNFF, l’Union Nationale des Familles de Féminicide, Anne-Sophie, ses sœurs et d’autres orphelin.e.s de féminicides se battent pour faire entendre leurs voix et avoir un réel statut de victime :

« On est seuls, à chercher des solutions, financières, morales. L’État est absent. Nous, les orphelins, même majeurs, on a besoin de l’aide de l’État. On a besoin d’avoir des interlocuteurs qui soient bienveillants et formés. On a besoin d’une aide physique, pour nettoyer, rentrer sur le lieu du crime accompagné. On a besoin d’aide financière. Et aussi, on a besoin d’une aide psychologique. Pour les enfants, évidemment, mais pas que : il y a aussi les familles, qui elles, gèrent le reste. »

L’UNFF a lancé une pétition pour demander à ce que des mesures soient prises pour les enfants orphelins de mères suite à un féminicide, ainsi que les familles des victimes de féminicides. L’UNFF demande notamment :

  • La prise en charge psychologique des victimes lors de l’annonce du décès.
  • La prise en charge du nettoyage de la scène de crime. 
  • Un suivi médico-psychologique gratuit.
  • La suspension de l’autorité parentale du parent meurtrier entre le jour du meurtre et celui du jugement définitif.
  • L’élargissement du protocole existant en Seine-Saint-Denis, qui prévoit notamment le placement provisoire des enfants suite à un féminicide, hospitalisés en pédiatrie avec des soins en pédopsychiatrie.
  • Un suivi pour faciliter l’accès aux études et à l’emploi pour les enfants dont la mère a été victime de féminicide.

« On attend des réponses, on attend d’être entendu ; Il faut aussi mettre les moyens nécessaires sur la table : aujourd’hui en France il y a de plus en plus de plaintes pour violences conjugales mais pas assez de magistrat pour appliquer les mesures qui sont décidées… ce n’est plus possible ! » conclut Anne-Sophie.

Marion Cousin