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Enfant victime de violences : « Il ne faut pas hésiter à alerter ! »

3 min de lecture
Publié le 20.11.2020 à 14h21 
(mis à jour le 20.11.2020 à 15h33)

Martine Brousse, présidente de la fédération La Voix de l’enfant vient en aide aux enfants victimes de violences, mais aussi aux parents en difficultés.

LMDM – Pouvez-vous commencer par nous dire où il faut s’adresser si un enfant est victime de violences ?

Martine Brousse - Actuellement nous sommes 5 entités :

  • La voix de l’enfant,
  • Le colosse aux pieds d’argile,
  • Enfance et partage,
  • L’enfant bleu et
  • La FIREM en renfort du 119, qui est LE numéro d’urgence à appeler.

Il y a également le site internet qui peut donner l’alerte, où l’on peut témoigner par écrit. Certains préfèrent et trouvent ça plus facile, plus anonyme. Et je rappelle que n’importe qui peut donner l’alerte : les parents, les enfants, la famille, les copains, les enseignants, les animateurs…

Vous êtes en renfort du 119 car la période de confinement est particulièrement compliquée ?

Oui, lors du premier confinement notamment, il y a eu plus de cas, mais aussi plus de mobilisation (voisins, familles…) et donc moins de décès. Les forces de l’ordre intervenaient également plus rapidement. Le 119 traite donc les urgences, les interventions et nous délègue les appels de conseils juridiques, de soins etc.

Concrètement, comment venez-vous en aide aux enfants victimes de violences ?

En théorie, au sein des associations, nous n’avons pas le droit d’intervenir, nous faisons part du signalement, puis les services officiels se saisissent de l’affaire. Nous pouvons également demander une enquête.

Ce qui est très important, c’est que nous avons mis en place des unités pour les enfants en danger dans des services pédiatriques, qui les accueillent jusqu’à leur majorité pour éviter de les trimballer un coup au commissariat, un coup à l’hôpital etc. Là-bas, tout est fait sur place : les enfants ont une personne référente, les professionnels viennent à eux, les micros sont dans le plafond, les examens sont faits immédiatement. C’est un lieu qui a pour but de sécuriser l’enfant, un outil pour la vérité et pour la prise en charge de leur souffrance. Dans ces unités par exemple, l’interrogatoire avec la police dure entre 20 et 40 minutes,  alors qu'au commissariat cela peut aller jusqu’à 4 heurs dans un environnement qui peut leur faire peur. Il y a également des salles de confrontation protégées. De plus, tous les entretiens avec l’enfant sont enregistrés en vidéo, ce qui permet à l’enfant de ne pas assister aux procès, de ne pas répéter les faits et de ne pas se rendre au tribunal.

Combien compte-t-on de ces unités en France ?

Nous avons aujourd’hui 68 unités et le gouvernement avait, dans son plan d’action, l’ambition d’en déployer au moins un par département. Les projets sont en cours mais retardés par le confinement. Ces unités mettent entre 12 et 18 mois à voir le jour car il y a tout un caractère pluridisciplinaire à prendre en compte.

Comment soutient-on les enfants au fur et à mesure qu’ils grandissent ?

Il y a principalement un accompagnement psychologique avec une attention plus particulière à la période de l’adolescence qui peut être une période plus fragile. Mais en tout cas, il ne faut pas avoir peur de consulter.

Existe-t-il un soutien à la parentalité pour des futurs parents ou parents victimes de violences durant l’enfance ?

Oui, là aussi c’est un soutien psychologique qui se met en place, mais bien souvent il faut du temps pour avoir un rendez-vous. Il faudrait que les psy libéraux puissent avoir une formation et que leur consultation pour ces personnes, puissent être remboursées, car ce n’est pas le cas aujourd’hui. Les futurs parents ou parents ne doivent pas hésiter à appeler le 119 ou les associations, pour parler et se libérer.

Mais il faut savoir que plus les souffrances d’un enfant sont prises tôt, moins il sera en difficulté plus tard et donc le jour où il deviendra à son tour un parent. 

On entend souvent qu’un enfant victime de violences, sera un parent maltraitant. C’est une fausse idée ?

Je dirais que tant que les violences ne sont pas reconnues et que l’enfant devenu adulte ne se considère toujours pas comme une victime, il continue à ressentir cette honte, cette colère et ne peut pas se reconstruire. Cela peut créer une fragilité en tant que parent. Il faut être attentif et comprendre que l’on n’est pas responsable de ces violences subies par le passé et ne surtout pas hésiter à demander de l’aide et appeler au secours.

Comment peut-on déceler qu’un enfant est victime de violence?

Avec les campagnes de prévention, on sait d’avantage reconnaître un enfant victime de violences. Il y a quelques signes qui peuvent attirer notre attention :

  • Un enfant qui rechigne à aller chez un ami de la famille, au sport, à l’école… Cela peut être tout un tas d’autres raisons que les violences, cependant il faut chercher à comprendre le pourquoi de cette non-envie.
  • Un enfant qui se renferme ou qui au contraire devient d’un coup très exubérant.
  • Un enfant qui devient agressif, qui fait beaucoup de cauchemars, qui est triste.

En vérité tout changement de comportement soudain, doit attirer notre attention et nous pousser à comprendre.

Comment aborde-t-on le sujet des violences sexuelles avec un enfant ?

Leur parler dès le plus jeune âge est très important. Leur faire comprendre que leur corps est à eux, que personne n’a à s’attarder sur leur zones intimes, pas même un proche ou un parent. Dans le bain par exemple, dès que l’enfant est en âge il faut le laisser seul se nettoyer les zones intimes, pour qu’il comprenne qu’on ne touche pas un enfant n’importe comment. Il faut leur apprendre le respect et leur dire de ne surtout pas avoir peur de parler, le sexe n’est pas tabou et quoiqu’il arrive ils ne sont pas responsables.

La rédaction de La Maison des Maternelles