france.tv

Enfant maltraité : les réponses d'une psychologue

4 min de lecture
Publié le 08.11.2021 à 12h15 
(mis à jour le 12.11.2021 à 10h13)

Mélanie Dupont est psychologue auprès d’enfants et d’adolescents victimes de violences physiques, psychologiques et sexuelles à l’Hôtel Dieu à Paris. Elle répond à nos questions.

LMDM : L’enfant maltraité porte un grand poids de culpabilité vis-à-vis du parent violent. Comment l’expliquer ? 

Mélanie Dupont - Tout d’abord, je voudrais saluer le témoignage de Mohamed. Malheureusement, son histoire c’est une situation de violence des plus classiques, des situations que dans notre travail, nous rencontrons tous les jours. La culpabilité est basique chez les victimes. Elle peut avoir une utilité lorsqu’on est dans l’impuissance, c’est une manière de reprendre une part active : « Et si j’avais fait ça ? Peut-être que ça se serait passé autrement ». Mais la culpabilité peut aussi être destructrice. Quand il s’agit de violence intrafamiliale, c’est le noyau dûr, les parents sont censés nous protéger. Dans l’histoire de Mohammed, on voit qu’il se sent responsable car ses parents étaient amoureux avant sa naissance et son père semblait ne pas être violent. C’est le roman familial, mais est-ce que c’est la réalité ? Dans ce cas, on essaye de chercher du sens, sauf que la violence n’a pas de sens du tout. Le rapport de domination, les violences verbales plongent les enfants dans un cercle où ils vont se dire « c’est de ma faute ». 

J’ai été moi-même maltraitée dans mon enfance. Comment expliquer à mon enfant ce que j’ai subi, pourquoi on a coupé les ponts avec certaines personnes toxiques sans lui faire porter le poids de cette histoire ? 

C’est une question intéressante, car le parent se demande comment transmettre son histoire -et donc l’histoire de l’enfant. Ce n’est pas facile de la faire. Il faut utiliser les mots les plus simples possibles, en fonction de ce qu’on est capable de dire, ne peut être pas aller sur des sentiers qui sont trop compliqués. Il n’est pas non plus question de tout raconter, tout n’est pas à dire à un enfant. Mais c’est bien d’expliquer que lorsque des gens nous font du mal, quand ils sont toxiques, il faut couper les ponts, les mettre à distance de nos vies pour se protéger. Il faut dire qu’il y a pu avoir des violences, et qu’elles sont très souvent incompréhensibles. Et que les violences sont interdites. C’est un bon moyen de faire de la prévention également. Mais c’est très important d’en parler à son enfant. 

Pour l’entourage, quels signes doivent alerter et laisser penser qu’un enfant est maltraité ? 

C’est une multitude de signes. Il y a tout d’abord les signes physiques qui peuvent se voir. Se demander pourquoi un enfant porte des manches longues ou un bonnet en plein été. L’hiver, il est plus facile pour ces enfants de cacher leurs blessures. Quand on remarque qu’un enfant est régulièrement blessé, qu’il a souvent des bleus, il faut lui poser la question. Il y a les signes psychologiques comportementaux, un enfant qui va avoir des gros troubles du comportement, des grosses colères. Mais d’un autre extrême, ça peut être un enfant trop modèle, qui ne bouge pas, mais qui a compris qu’il fallait se taire et être le plus discret possible. C’est tout le problème, c’est la difficulté de faire ce repérage. Il y a tous les signes d’expression d’un mal-être de l’enfant comme des troubles du sommeil, de l’alimentation, la concentration à l’école, les syndromes psycho-traumatiques. Donc il faut poser des questions aux enfants dès qu’on un doute. Il n’existe pas UN SIGNE qui permet de dire « là c’est de la violence ». 

La rédaction de La Maison des Maternelles