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Enceinte, la chasse aux perturbateurs endocriniens !

12 min de lecture
Publié le 26.03.2019 à 16h33 
(mis à jour le 28.06.2019 à 16h37)

Ils sont un peu partout : dans ce que l’on mange et boit, dans les produits ménagers ou dans les cosmétiques. Notre spécialiste vous aide à traquer les perturbateurs endocriniens !

Perturbateurs endocriniens et leurs impacts sur nos hormones

Tout d’abord, une petite définition de ces perturbateurs endocriniens s’impose. Il s’agit de substances chimiques présentes partout dans l’environnement. Ils interfèrent avec notre système hormonal et viennent perturber son fonctionnement.

Ils prennent la place des hormones sur les récepteurs et perturbent, inhibent ou activent le fonctionnement de l’hormone. En conséquence, notre système hormonal ne répond plus correctement.

Les perturbateurs endocriniens les plus fréquents sont :

  • Ceux qui ont un effet « oestrogénique » et vont perturber la fonction de reproduction. Ainsi ils peuvent être responsables d’infertilité, de puberté précoce, d’endométriose.
  • Ceux qui agissent sur les hormones thyroïdiennes et sont responsables, par exemple, d’anomalies du développement psychomoteur.

Quand le chimique vient perturber la grossesse

Les perturbateurs endocriniens peuvent avoir un impact sur la grossesse et sur l’enfant à naître. Afin de faire la lumière sur leurs conséquences, le docteur Véronique Bied Damon, gynécologue spécialisée dans les techniques d’assistance médicale à la procréation, nous explique :

« Pendant la grossesse les perturbateurs endocriniens vont agir sur la modulation de l’expression des gènes de l’embryon : certains gènes seront plus ou moins actifs selon l’exposition à certains perturbateurs endocriniens. La conséquence est notamment la survenue de pathologies à l’âge adulte (cancer, infertilité...). C’est vrai qu’être enceinte représente une énorme responsabilité ! Toutes les attitudes, les habitudes de la femme vont impacter son enfant toute sa vie après. »

D’après la gynécologue, ces substances pourraient avoir des conséquences sur la mise en place du système neurologique. Par exemple, elles pourraient causer des troubles de l’attention, de l’hyperactivité ou encore l’autisme. Les perturbateurs endocriniens provoquent aussi un syndrome que l’on appelle l’hypospadias (une malformation congénitale). Chez le garçon cela peut avoir pour conséquences un micro pénis, des testicules qui ne descendent pas, par exemple. Chez la fille, cela se verra bien après la naissance avec une puberté précoce, de l’endométriose ou encore des ovaires polykystiques. « Tout cela fait partie des hypothèses sur les conséquences des perturbateurs endocriniens, précise la spécialiste. Tout comme l’infertilité, l’insuffisance ovarienne, ou une ménopause plus précoce. »

Si les risques existent durant la grossesse, il faut rester vigilant à la naissance du bébé. Pour la gynécologue, il faut prendre des précautions pendant la grossesse et jusqu’à la troisième année de vie de l’enfant :

« Dans la petite enfance, l’exposition aux perturbateurs endocriniens va entraîner les mêmes effets que pour le fœtus, même si plus on est exposé tard dans le temps, moins l’impact est fort. La période cruciale ce sont les mille premiers jours de la vie, donc en gros les 3 premières années. »

Les bons réflexes contre les perturbateurs endocriniens

Bien que ces fameux perturbateurs endocriniens aient l’air inévitables, il ne faut pas céder à la panique. Pour diminuer les expositions, il suffit d’apprendre quelques bons réflexes !

Tout d’abord, il faut avoir en tête les situations dans lesquelles les êtres humains peuvent être en contact avec les perturbateurs endocriniens :

-Par voie orale : via l’alimentation, l’eau.

-Par voie respiratoire : via la pollution de l’air intérieur et de l’air extérieur.

-Par voie cutanée : via les produits cosmétiques ou les vêtements.

Faire attention à ceux qui se nichent dans l’alimentation !

Concernant l’alimentation, les professionnels de santé recommandent de consommer des fruits et des légumes sans pesticides. Il faut consommer bio dans la mesure du possible. Le conseil est applicable également pour les viandes.

Véronique Bied Damon, recommande d'être vigilant concernant l’étiquetage des produits afin de repérer ceux qui sont manufacturés. Ces derniers sont souvent bourrés d’additifs alimentaires comme les conservateurs, les colorants ou les édulcorants. Dans les compositions, ils sont signalisés par la lettre E.

La gynécologue insiste également sur les contenants en plastique et ceux que l’on réchauffe au micro-onde :

« Pour l’emballage plastique des aliments, on retrouve du bisphénol A dans les boîtes de conserve. Si vous réchauffez l’aliment dans l’emballage, c’est là que les plastiques se rejettent dans l’alimentation. Dans les bouteilles, cela dépend de la composition du plastique. Pour s’y retrouver, il y a un code sur les emballages, un numéro dans un petit triangle qui indique le composant : si c’est 1, c’est correct. Par contre, si c’est un code 3 (phtalates) ou 7 (bisphénol A), ce n’est pas bon. »

Il faudrait donc privilégier les contenants en verre d'après notre spécialiste.

Concernant les éventuels perturbateurs dans l’eau, la question n’est pas encore tranchée. Selon le docteur Bied Damon, en Bretagne par exemple, il y a des nitrites partout dans l’eau du robinet donc il est préférable de boire de l’eau minérale. Il faut vérifier dans chaque région la teneur en pesticides et en nitrites de l’eau du robinet. Et, auquel cas, la filtrer.

Pour éviter la contamination respiratoire

Les perturbateurs endocriniens peuvent s’insérer par les voies respiratoires. Afin de prévenir au mieux cette contamination, voici quelques conseils :

  • Il est recommandé d’aérer tous les jours, au moins 10 minutes,  les pièces de la maison même si l’air extérieur est pollué. Le plus souvent la contamination de l’air intérieur est supérieure à celle de l’air extérieur.
  • Il faut favoriser l’utilisation de produits d’entretien contenant un éco label, ainsi que des peintures limitant l’exposition aux composés organiques volatiles. Afin de les reconnaître, vérifiez qu’il y ait un A+ sur la boîte.
  • Éviter les bougies, les parfums d’intérieur, les bombes d’insecticide.
  • Il est conseillé de bannir la cigarette : chacune contient 4000 molécules chimiques. Le tabac est traité aux pesticides, il contient des agents de texture pour sa conservation. Et donc, des perturbateurs endocriniens.

Attention aux cosmétiques et aux vêtements

Selon notre gynécologue, concernant les produits pour la peau, il est plus délicat de reconnaître ceux qui peuvent être nocifs :

« Il faut repérer les produits labellisés cosmétiques BIO qui garantissent l’absence de parabènes et de phenoxyethanol. Hélas, il n’existe aucune réglementation officielle concernant la cosmétologie. Il est préférable d’éviter les grandes marques qui pour leur publicité font du « green washing » mais qui au final remplacent le parabène par des molécules encore plus toxiques ! Il faut aussi éviter de faire des colorations durant la grossesse. Pour les vêtements,  il y a ce que l’on appelle des « retardateurs de flammes » qui sont de puissants perturbateurs endocriniens. Certains vêtements ont une certification « OEKO-TEX ». C’est-à-dire qu’ils ne contiennent pas de produits toxiques pour la peau, ça limite l’exposition. Il ne faut pas avoir peur de tout, et on ne peut pas tout changer, mais pendant la grossesse il faut être attentif. »

Pour se protéger, pensez à l’iode !

L’iode pourrait être bénéfique contre les perturbateurs endocriniens durant la grossesse. Lorsqu’il y a une carence en iode, cela favorise un mauvais fonctionnement de la thyroïde. Elle est amplifiée par les perturbateurs endocriniens. Ces derniers vont défavoriser l’absorption de l’iode durant la grossesse. En compensant avec de l’iode, la carence va faiblir et diminuer l’impact des perturbateurs ! La molécule peut se prendre en complément alimentaire avec des doses recommandées pour les femmes enceintes.

Alors pour lutter contre ces nuisibles chimiques, surveiller son taux d’iode est une bonne chose. Par ailleurs, tout excès d’iode est directement éliminé dans les urines. Vous l’aurez compris, pour prévenir ces agents toxiques, quelques bons gestes peuvent suffire afin de limiter toute contamination. Pendant la grossesse mais aussi après !

La rédaction de La Maison des Maternelles