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Elles ne veulent pas d'enfant

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Publié le 27.06.2019 à 16h34 
(mis à jour le 04.08.2019 à 10h00)

Certaines femmes n’hésitent plus à assumer ne pas vouloir d’enfant. Edith vallée, psychologue clinicienne accompagne les femmes dans leur non maternité et nous éclaire sur ces choix.

LMDM – Que représente la maternité aujourd’hui ?

Edith Vallée - La maternité est entendue comme la finalité de la féminité. Et si la production des femmes (en art, en histoire, en sciences…) a été occultée depuis toujours c’est bien pour les enfermer dans la maternité. Puisque leur épanouissement passe par la nécessaire maternité tout ce qu’elles peuvent produire d’autres est nécessairement secondaire. Cela les maintient dans l’idée qu’elles sont secondaires dans leur rapport aux hommes et au monde.

Qu’est-ce que le mouvement « Childfree » ?

Cela veut dire femme « libre d’enfant » et les américaines ajoutent « by choice », ce qui signifie, par choix. Je traduirais par femmes libres d’avoir des enfants ou pas. Cela ne concerne pas les femmes qui sont libérées de leurs enfants devenus grands. En France on est longtemps resté à 5,3% des Français qui ont fait le choix de ne pas avoir d’enfant mais je crois savoir que cela augmente.

On parle beaucoup des femmes, mais c’est aussi une décision de couple ?

Si c’est un choix de couple tant mieux, mais il existe de nombreuses situations : femme qui en veut mais pas le compagnon, ou inversement. Si le désaccord persiste bien souvent le couple finit par se séparer. J’ai connu des femmes qui acceptaient d’avoir un enfant pour faire plaisir à leur homme. J’ai aussi vu des hommes voulant des enfants, accepter de ne pas en avoir. Lorsqu’il y a discorde à ce sujet, il ne faut surtout pas harceler l’autre. Il faut se donner des délais de réflexion, se parler et se dire on réfléchit et dans 6 mois on refait le point et parfois il y a de magnifiques cadeaux d’amour.

Existe-t-il une typologie des femmes qui ne veulent pas d’enfant ?

J’ai rencontré 3 groupes de femmes :

- Les femmes qui se réalisent dans l’union. Dans ce groupe on trouve les grandes amoureuses, les femmes créatrices ou chercheuses, relativement discrètes et qui réalisent un petit paradis avec ce qu’elles aiment : un homme, un travail de recherche, un art, une œuvre.

- Les femmes qui se réalisent dans l’action et qui se donnent des enjeux forts. Elles sont dans le défi. Ce sont des femmes proactives. On retrouve des entrepreneuses, des journalistes qui se nourrissent de ce qu’elles trouvent dans le monde, elles sont souvent plus médiatisées.

- Les femmes dans la rupture : soit elles n’ont pas envie de perpétuer le monde tel qu’il est, auquel cas elles sont souvent engagées en politique par exemple. Soit ces femmes ne veulent pas prolonger les générations, ce sont des femmes qui ont eu une enfance malheureuse, elles se sentent trop fragiles pour assumer ça. Dans les années 70, on rencontrait plutôt des femmes à l’enfance malheureuse pour qui c’était vital de se débarrasser du passé aujourd’hui, elles sont plutôt en minorité.

Pourquoi cette décision est-elle mal perçue dans la société ?

Les gens qui font des enfants pensent que c’était le meilleur choix pour eux donc c’est difficile de penser que ce n’est pas le meilleur choix pour les autres. Pour certaines femmes, la maternité leur a apporté le meilleur de ce qu’elles pouvaient espérer de la vie, elles ne vont donc pas comprendre que certaines ne fassent pas de même. Face à quelqu’un qui ne veut pas d’enfant on se sent contesté, comme si on dénigrait le fait de se réaliser dans la maternité. Il y a tout de même une évolution remarquable. Au début, c’était scandaleux pour la société mais au fur et à mesure que les femmes s’affirment en tant que personne ça ébranle les tenants de la tradition et il y a une ouverture d’esprit sur le choix des femmes.

La rédaction de La Maison des Maternelles