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Divorce, séparation : les conseils d'un pédopsychiatre

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Publié le 02.04.2019 à 18h53 
(mis à jour le 12.07.2019 à 13h12)

Chaque année, en France, près de 130 000 couples divorcent. Quand et comment en parler aux enfants ? Peut-on tout dire ? Notre pédopsychiatre se penche sur ces questions.

Quand annoncer une séparation à son enfant ?

La première épreuve lors d’une séparation pour les parents, c’est de l’annoncer à leurs enfants. D’autant plus que, lorsqu'il y a divorce ou séparation, il peut y avoir une période de cohabitation pour le couple, pour des questions matérielles et budgétaires.

Il faut faire attention à cette période puisque, hormis la rupture, ce qui est angoissant pour un enfant, c’est que son quotidien soit brisé. Pour Gilles-Marie Valet, pédopsychiatre à Paris, quand on annonce la séparation, il faut donc être en mesure de rassurer l’enfant, en lui disant ce qu’il va se passer pour lui, à partir de maintenant.  Par exemple : « On se sépare, mais tu vas rester dans ton école, garder tes copains, etc. » Dans tous les cas, il faut pouvoir avoir les informations sur l’avenir de l’enfant au moment de l’annonce.

Dans l’idéal, il faut l’annoncer ni trop tôt, ni trop tard. Ne pas l’annoncer trop tôt, c’est-à-dire avant que cela ait des conséquences pour l’enfant, ou avant que l’on sache comment on va s’organiser, car l’on risque de le placer dans une situation d‘attente génératrice d’angoisse. Ne pas l’annoncer trop tard, c’est-à-dire une fois que les raisons du conflit sont suffisamment objectives pour que l’enfant les ressente, sans pour autant que des mots ne soient posés.

Une chose est sûre, il faut être extrêmement clair avec son enfant. Car il va conserver toute son enfance, et parfois même à l’âge adulte, l’espoir que ses parents se remettent ensemble. Il faut donc être très clair et bien préciser à l’enfant que cela n’arrivera pas.

Comment le dire à son enfant ?

Que l’on ait un enfant de 5 ans ou de 8 mois, il faut verbaliser les choses. Si l’on est serein, l’enfant le sera aussi. Le nourrisson ne doit pas devenir le réceptacle des colères. On en parle ensemble, en présence du bébé. L’enfant ne va pas comprendre les mots, mais il va percevoir les émotions.

D’après Gilles-Marie Vallet, avant 3 ans, le bébé va intégrer la nouvelle situation, ou le nouveau partenaire, plus facilement. Il n’aura pas la mémoire d’un paradis familial perdu.

Pour les enfants plus âgés, il faut expliquer que les parents resteront toujours des parents, bien que séparés. Même si l’on est deux individus en opposition, voire en conflit, on reste des parents.

Savoir gérer les conflits 

Ce qui peut être difficile lors d’une séparation pour les parents, c’est de réussir à gérer les conflits et les rancœurs. Il faut bien évidemment éviter de remettre la faute sur l’autre parent.

« Cela semble évident, mais parfois on le fait sans s’en rendre compte, précise le spécialiste. Par exemple par une phrase comme : « Ton père a demandé le divorce. » Elle sous-entend que le père est responsable, qu’il a fait une faute. »

L’idée est de rester le plus neutre possible. Donner une raison, oui, par exemple : « On ne s’aime plus » ; « Il y a trop de conflits entre nous ». On peut parler de son ressenti si on ne se place pas en victime. Comme c’est souvent l’un des deux parents qui prend la décision finale, une bonne solution pourrait être de dire : « On ne s’aime plus suffisamment. » Cela permet de préserver celui qui est quitté. Enfin, il est important de souligner à l’enfant que la famille ne vole pas en éclats pour autant. On divorce de son conjoint mais pas de son enfant.

Ne pas donner d’illusion à l’enfant

Il n’est pas conseillé de reformer le couple parental pour rassurer l’enfant lors d’événements particuliers comme Noël ou les anniversaires car, il y verrait l’espoir d’une reconstitution du couple. Si l’enfant voit ses parents séparés passer trop souvent du temps ensemble, il aura du mal à accepter la situation.

L’impact sur les enfants

À la question de savoir si l’on peut mesurer les conséquences d’une séparation chez l’enfant, Gilles-Marie Valet est formel :

« Ce que l’on sait sur le long terme, c’est que lorsqu’on étudie les troubles de l’adolescence, le divorce n’est pas un facteur aggravant. Ce n’est pas parce que vos parents ont divorcé que vous avez développé des troubles à l’adolescence. L’important, c’est l’attention dont l’enfant va bénéficier : si on s’intéresse à lui, il n’y a pas plus de troubles. Par contre, s‘il a été moins entouré, moins aimé, et que les parents ont continué à se déchirer, alors oui il peut y avoir certains troubles spécifiques. »

Au contraire, si le divorce est réussi, cela peut aider l’enfant à grandir, favoriser son autonomie et son estime de soi.

Ce qui peut être vraiment compliqué à gérer pour un enfant, c’est l’impression de devoir choisir un camp alors que depuis sa naissance, il s’identifie à chacun de ses deux parents. Donc si l’un est remis en cause, c’est comme si l’enfant devait renoncer à une partie de lui.

Enfin il ne faut pas brider son chagrin et ses émotions en face de son enfant. Il peut comprendre la tristesse et doit se sentir libre d’exprimer, lui aussi, ses sentiments.

La rédaction de La Maison des Maternelles