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Deuil périnatal : le témoignage d'une mère [vidéo intégrale]

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Publié le 26.02.2020 à 10h58 
(mis à jour le 26.02.2020 à 13h30)

Attendre un bébé pendant des mois et le perdre avant d’avoir pu le prendre dans ses bras. C’est l’épreuve à laquelle près de 7000 parents sont confrontés chaque année en France. Marlène l’a vécu, elle a accepté de se confier à La Maison des Maternelles. 

LMDM : Votre deuxième enfant, Joseph, est né sans vie à 8 mois de grossesse. Vous étiez déjà maman d’une petite Louise qui a 3 ans aujourd’hui. Que s’est-il passé ?

Marlène- Ma grossesse se passait très bien, mais 3 semaines après la 3ème échographie, je ne sentais plus mon bébé bouger. J’avais un mauvais pressentiment, mais j’ai dit à mon mari qu’il pouvait aller travailler. 

Vous vous êtes rendue à la maternité ?

Pas tout de suite car je ne voulais pas passer pour une mère trop anxieuse. À 17h, j’y suis allée, seule. Au monitoring, la première sage-femme n’a pas trouvé le rythme cardiaque du bébé. « C’est normal à ce stade » me dit-elle. Après plusieurs essais, l’interne arrive. Il ne dit rien. C’est moi qui lui demande : « Son cœur ne bat plus ? »

Plus tard, mon mari est arrivé. Je lui ai annoncé. Ça a été très dur. Louise était dans le couloir. On ne lui a pas dit tout de suite. On ne lui en a parlé qu’après l’accouchement.

Qu’est-ce qui a provoqué le décès de Joseph ? 

On n’a pas su tout de suite pourquoi le cœur de Joseph s’était arrêté et j’ai beaucoup culpabilisé. J’avais fait du jardinage, j’avais pris un antihistaminique. Finalement, 3 jours plus tard, à la naissance de Joseph, la sage-femme nous a expliqué qu’il y avait un nœud au cordon. Elle nous a montré une photo du cordon avec une partie encore rouge et une partie blanche. On voyait bien que le nœud avait empêché la circulation. 

Vous avez accouché trois jours après, comment cela s’est-il passé ? 

J’ai été déclenchée 2 jours après l’annonce de son décès. Et j’ai accouché le lendemain du déclenchement. La sage-femme qui m’a accompagnée a été extra. Elle a eu des mots très tendres. Elle nous a demandé si nous souhaitions voir Joseph, le prendre dans nos bras. Je voulais le voir uniquement s’il était présentable, pas trop "abimé". Je n’ai pas voulu le prendre dans mes bras. La sage-femme a pris une photo qu’elle nous a remise dans une petite enveloppe. 

Après l’accouchement, vous avez eu besoin de faire des obsèques. Racontez-nous. 

À l’hôpital, on nous a donné une feuille où il fallait cocher "J’abandonne le corps de mon enfant" ou "Je n’abandonne pas le corps de mon enfant et je prends en charge ses obsèques". La formulation est dure. Pourtant au début c’est la première case qu’on avait cochée. Organiser des obsèques, ça me paraissait trop compliqué, trop douloureux. Et puis, on a changé d’avis. Joseph a été enterré dans le caveau familial, dans le Sud de la France.

Combien de temps après le décès de votre fils avez-vous décidé de retomber enceinte ? Comment s’est passée votre troisième grossesse ?

J’ai tout de suite voulu retomber enceinte. Dès la maternité. On nous a dit de bien réfléchir, de faire attention. Mais la grossesse n’est pas arrivée tout de suite. Ça a pris 6 mois. Bien sûr, il y a eu de l’inquiétude. J’avais l’impression que j’allais faire une fausse-couche. Ça a été une grossesse plus compliquée. Je n’étais plus dans l’insouciance des deux premières grossesses. Au premier trimestre, j’ai été très malade et très fatiguée. J’étais encore dans le travail de deuil qui me fatiguait également beaucoup. Je suis professeur des écoles et je travaille avec des enfants en situation de handicap (déficients visuels). Les enfants m’ont beaucoup questionnée sur la perte de mon bébé et il y avait des familles qui ignoraient que je l’avais perdu et qui me demandaient : « Comment va votre bébé ? ». C’était éprouvant.

Retourner à la maternité n’a pas dû être facile ?

Oui, ça a été vraiment compliqué. C’était la même maternité que pour la naissance de Louise et Joseph. J’y avais des mauvais souvenirs bien sûr, mais j’étais aussi très satisfaite du suivi, c’est pour cela que j’avais choisi d’y retourner. Mais au début c’était très angoissant. Voir d’autres femmes enceintes, c’était très douloureux. Surtout au premier trimestre.

Quand Céleste est née vous avez découvert que c’était une petite fille. Vous étiez soulagée ?

Oui j’étais soulagée. Pourtant, j’aurais voulu avoir un petit garçon mais là au moins, je savais qu’il n’y aurait pas d’amalgame. C’était le début d’une autre histoire. On a voulu l’appeler « Céleste », qui vient du ciel. 

Aujourd’hui vous êtes heureuse ? Vous diriez que la naissance de Céleste a surpassé la douleur ?

Oui je dis toujours que j’ai trois enfants. On est 5 dans notre famille même si cela ne se voit pas. À la maison, on a affiché les empreintes de Joseph, prises à la maternité, aux côtés de celles de Louise. Louise parle de son frère spontanément et quand nous descendons dans le Sud, nous nous rendons au cimetière. On n’oublie pas, mais la douleur s’estompe avec le temps. On peut redevenir heureux, sans culpabilité. Je dirais même que ça m’a apporté quelque chose dans la vie. Ma vie est parfaite comme cela. Je suis heureuse. 

La rédaction de La Maison des Maternelles