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Deuil : « La grossesse est un moment qui réactive les émotions »

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Publié le 03.06.2021 à 16h23 
(mis à jour le 04.06.2021 à 09h11)

Le docteur Christophe Fauré, psychiatre et auteur du livre « Vivre le deuil au jour le jour », aux éditions Albin Michel, revient, pour LMDM, sur ce moment particulier qu’est la grossesse quand on a, soi-même, perdu sa maman.

LMDM- C’est vrai que la grossesse c’est un moment ou toutes les émotions passées, enfouies ressortent et d’autant plus quand on perd sa mère alors que l’on est jeune ?

Docteur Christophe Fauré - C’est complètement intrinsèque, la grossesse est vraiment un moment dans la vie d’une femme où les émotions sont réactivées. Si une femme perd sa mère enfant, sa première grossesse va être le moment où elle acquiert un statut qu’elle ne connaissait pas mais qui était celui de sa maman. Elle va donc s’inscrire dans l’histoire familiale.

Parlez-nous du phénomène de correspondance ?

C’est, dans notre cas du deuil et de la grossesse, quand une femme vieillit et devient plus âgée que sa maman à l’époque de son décès. Elle vit donc des années que sa maman n’aura jamais vécues.

Doit-on faire un travail sur soi avant d’avoir des enfants ?

Je crois qu’un deuil ne se termine jamais. Il nous transforme à tout jamais. Beaucoup de gens disent qu’il faut « faire son deuil » mais j’aimerais qu’on arrête d’utiliser cette expression, elle n’a aucun sens psychologique, ça n’existe pas ! On n’a pas une étape puis une autre. Avoir un enfant s’intègre à son histoire.

Est-ce que la problématique du manque est la même pour tous les enfants ou c’est particulièrement sur la première grossesse ?

Le manque est une donnée constante, il se réactive sans cesse au cours de l’existence, à chaque nouvelle grossesse. On peut avoir 10 enfants et ressentir tout autant l’absence de sa maman. Et d’autant plus avec le temps, comme je vous le disais, avec le phénomène de correspondance lié à l’âge de la femme et de celui qu’avait sa maman quand elle est décédée.

Ce qui est difficile pour une jeune maman aussi c’est de n’avoir que très peu de modèle ?

Il faut l’accepter et acter la réalité, ne pas en faire un handicap trop imposant et se dire : « Oui, je n’ai que très peu de souvenirs de l’éducation que me donnait ma maman, mais de qui puis-je m’inspirer autour de moi ? ». On peut trouver un relais maternel en une amie, une tante, une grand-mère…

Quels conseils peut-on donner à des femmes qui ont perdu leur maman ?

De ne pas en faire un tabou, de consulter si besoin et de faire, pourquoi pas, un journal où l’on écrit tous les souvenirs avec sa maman : Qui était-elle ? Comment était-elle ? Comment est-elle partie ? Nos ressentis… Et puis quand on n’a pas trop de souvenirs, se tourner vers nos proches pour comprendre comment elle était avec nous ? Trouver des gens relais de souvenirs ! Je trouve que l’écriture est extrêmement importante. Sachez, en tout cas, qu’il n’est jamais trop tard pour entamer un travail.

La rédaction de La Maison des Maternelles