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Des mères revendiquent le droit de faire rajouter leur nom à leurs enfants sans condition

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Publié le 15.04.2021 à 09h39 
(mis à jour le 20.04.2021 à 16h02)

Les mères demandent le droit de pouvoir rajouter leur nom de naissance à leurs enfants quand elles le souhaitent, sans condition, sans autorisation du père et sans délai.

Déterminée : c’est l’adjectif qui qualifie le plus justement Marine Gatineau Dupré. Cette mère se bat pour pouvoir rajouter son nom aux noms de ses 2 enfants, qui ne portent aujourd’hui que les noms des pères :

« Quand j’ai eu ma fille en 2011, elle n’a pris que le nom de son père, je ne me suis pas posée la question. Je pensais qu’on allait se marier. Mais nous nous sommes séparés 6 mois après la naissance. J’ai rencontré par la suite quelqu’un d’autre, j’ai cru que j’aurai plus de chance… Nous avons eu un petit garçon. À sa naissance, mon ex-conjoint n’a pas respecté ma volonté de donner à notre fils nos 2 noms. Il a eu le dernier mot et il a déclaré notre fils uniquement avec son nom, et en plus, a mis le deuxième et troisième prénom qu’il souhaitait. Quand j’ai voulu faire modifier ça, c’était trop tard. Ça a été un choc pour moi. »

Le couple se sépare 2 ans plus tard. Marine demande à ce que son nom soit ajouté aux noms de ses enfants : la requête est rejetée, alors même que Marine a la garde de ses enfants :

« J’ai alors pris contact avec une femme politique pour lui raconter ma situation personnelle. Je lui ai dit que je ne savais pas si j’étais seule dans ce cas, mais que j’en souffrais beaucoup. Elle m’a répondu : "Il n’y a pas de petite souffrance, il faut que vous vous bâtiez pour faire changer cette loi, qu’elle soit adaptée à la société actuelle" »

Aujourd'hui, la loi permet aux parents de choisir pour leur enfant le nom de la mère, du père, ou des 2 accolés. Mais une fois choisi, celui-ci ne peut changer, même en cas de séparation. Et le poids des traditions est lourd sur ce sujet. Les mentalités peinent à évoluer : en 2015, selon l’Insee, seul 1 enfant sur 10 porte le nom des 2 parents. En 2013, Christiane Taubira se bat pour que les 2 noms accolés deviennent la règle : sa proposition est rejetée. Elle obtient cependant un amendement précisant qu’en cas de désaccord entre les parents, l’enfant porte les noms des 2, accolés par ordre alphabétique. Une avancée, mais qui reste insuffisante pour Marine :

« J’ai beaucoup de respect pour Madame Taubira, qui a essayé de faire quelque chose. Mais il y a un problème avec cette histoire de "désaccord". À quel moment peut-on être en désaccord quand on est dans cet état de vulnérabilité en étant enceinte ? On pense aux examens qu’il y a à faire, à prendre soin de sa santé, on a peur d’accoucher… Ce n’est pas le moment de se tracasser avec le nom ! »

De cette histoire personnelle, Marine va faire son cheval de bataille. Elle crée l’association Porte mon nom, et commence à recueillir des centaines de témoignages. Marine voit qu'elle n'est pas la seule à souffrir de cette injustice. Avec l'association, elle crée des groupes de travail et commence à pointer toutes les inégalités qui existent autour de la question :

« Un homme qui a eu 3 enfants avec 3 femmes différentes, personne ne peut le savoir, car ses enfants portent tous son nom. Moi, quand je vais par exemple inscrire mes enfants à l’école, au sport etc, je suis tout de suite cataloguée "cas social" car j’ai 2 enfants de 2 pères différents. Je dois faire face à tout un tas de remarques sexistes et désobligeantes "vous n’avez pas chômé" ; "vous n’êtes pas douée pour les histoires d’amour" ; "j’espère qu’avec le nouveau ça ira"... Niveau vie privée, je ne vous raconte pas ! C’est terriblement humiliant, particulièrement devant les enfants. »

La mère qui ne porte pas le même nom que son enfant doit aussi sans cesse se justifier, pour prouver qu’elle est bien la mère de l’enfant, par exemple, pour prendre l’avion, ou pour des examens médicaux. Aujourd’hui, la seule possibilité donnée par la justice est de faire ajouter le nom de la mère en nom d’usage, mais il faut pour cela l’autorisation du père, ce qui peut être compliqué, notamment s'il y a mésentente pour un couple séparé.

Le collectif Porte mon nom revendique aujourd'hui :

  • La possibilité de rajouter le nom de naissance de la mère en nom d’usage aux enfants, accolé à celui du père, sans l’autorisation de celui-ci et ce quand la mère le souhaite.
  • La possibilité de rajouter le nom de naissance de la mère aux enfants sans l’accord du père en cas de séparation avec une démarche simplifiée et rapide pour un lien de filiation maternelle établie.
  • Enfin, que la mère valide la déclaration des prénoms et nom.s à la naissance. 

Marine a remis ces revendications aux députés. Elle a également mis en ligne une pétition. La jeune femme est confiante :

« Ça va bouger, c’est certain. Cette loi est injuste. Nous portons nos enfants. Qu'ils portent nos noms ! »

Marion Cousin