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Dépression prénatale : 20% des femmes en souffriraient

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Publié le 09.03.2022 à 11h41 
(mis à jour le 10.03.2022 à 11h35)

Pauline Minjollet, docteure en psychologie, spécialisée en périnatalité, répond à nos questions sur la dépression prénatale.

LMDM - Pour Coralie, tout semble être parti d’une inquiétude autour de son col rétréci et de contractions pendant la grossesse. Ce genre de focus est caractéristique de la dépression prénatale ?

Pauline Minjollet : La dépression on voit tous à peu près ce que c’est dans les grandes lignes : une tristesse, une certaine lenteur de la pensée voire une lenteur physique, on n’a pas très faim, etc. Ce sont les signes un peu typiques. Ce qui va caractériser en plus de ça la dépression pendant la grossesse ça va être l’anxiété. Et on peut avoir du mal à la détecter car ce n’est pas une anxiété diffuse comme on en a tous au quotidien mais une anxiété très focalisée, avec un sujet qui va tourner en boucle. Comme Coralie, avec la modification de son col et ses contractions au départ par exemple. Dans la dépression prénatale, c’est toujours autour d’un sujet précis. Autre exemple : une patiente qui a fait une dépression autour de la toxoplasmose et qui tournait en boucle toute la journée autour de ça. Est-ce que je peux manger ça ou pas ? Est-ce que j’ai bien lavé ce légume ? Mon bébé bouge moins, ai-je assez cuit mon œuf ce matin ? Etc. C’est vraiment caractéristique.

J’ai souffert lors de ma grossesse d’une dépression suite au décès de mon papa et du RCIU (retard de croissant intra-utérin) de mon fils. À l’accouchement, j’ai fait une très grosse dépression post-partum. Est-ce qu’une prise en charge lors de ma grossesse de cette dépression aurait pu éviter la dépression du post-partum ?

Là il y a 2 choses différentes : Astrid a vécu un évènement de vie quand même extrêmement compliqué qui est survenu en plus pendant la grossesse qui est déjà une période fragile. Même en dehors de ce contexte, ce décès aurait pu enclencher une dépression. Là c’est arrivé à une période très particulière et perdre un parent à ce moment-là n’est pas anodin. Pour répondre à sa question : souvent, une dépression pendant la grossesse se poursuit un peu après la naissance, et inversement quand on a une dépression du post-partum on se rend souvent compte que ça a débuté un peu plus tôt qu’on ne pense. Donc un suivi ne lui aurait peut-être pas permis d’éviter une dépression du post-partum, vue la cause, mais cela lui aurait permis d’être mieux soutenue et accompagnée dans cette période doublement compliquée. Il existe aussi des médicaments que l’on peut prendre pendant la grossesse, comme certains anxiolytiques. De toute façon, un soutien est nécessaire : cela ne permet pas forcément d’éviter la dépression post-partum, mais cela peut permettre en revanche d’accueillir son bébé dans de meilleures conditions. Il y a quelques dépressions -c’est rare- qui « disparaissent » avec l’accouchement : par exemple, si l’on reprend l’exemple d’une femme enceinte centrée sur l’angoisse de la toxoplasmose : à l’accouchement, elle va être soulagée, ça va lui enlever un poids énorme.

Il ne faut pas oublier qu’on met une énorme pression sur les femmes pendant la grossesse. Elles se sentent responsables de tout ce qu’il peut se passer sur leurs foetus. Dès qu’il y a quelque chose, certaines femmes sont persuadées que c’est parce qu’elles ont mal fait, mal mangé, dormi, etc… Du coup elles ont tendance à être dans le contrôle total pendant la grossesse. Donc parfois, à l’accouchement, il y a une forme de soulagement : « ça y est, ce n’est plus moi qui suis entièrement responsable ».

Concernant la médicalisation de la grossesse, on oublie parfois que derrière le ventre il y a une femme : on va se focaliser sur le foetus pendant la grossesse. On fait des échographies : c’est pour regarder le bébé. On demande à la femme enceinte : avez-vous des contractions ? Sentez-vous votre bébé bouger ? Parfois on oublie un peu de lui demander, à elle : comment elle va ?

La rédaction de La Maison des Maternelles