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Covid-19 : « Il est possible de vacciner les femmes enceintes »

Publié le 11.03.2021 à 10h11 
(mis à jour le 11.03.2021 à 12h29)

La Haute autorité de santé a donné son feu vert à la vaccination des femmes enceintes, tout comme l’Académie de médecine. Le professeur Olivier Picone, gynécologue obstétricien à l’hôpital Louis Mourier à Colombes répond aux questions de LMDM.

LMDM - Est-ce que des tests de vaccination ont été réalisés sur des femmes enceintes pour vérifier que ce n’est pas dangereux pour elles ?

Professeur Olivier Picone - Non il n’y a pas de femmes enceintes cobayes. La difficulté c’est qu’au tout début les femmes enceintes ont été exclues des essais sur les vaccins. Mais tout ce qui a été fait sur la façon dont le vaccin a été fabriqué montrait qu’il n’y a aucune raison qu’il y ait un souci. Et les études chez l’animal ne montraient aucun problème. De plus, la vaccination est largement répandue, notamment aux États-Unis et en Israël, et il y a plus de 30 000 femmes enceintes qui ont été vaccinées dans le monde à l’heure actuelle sans qu’il n’ait été décrit d’effet secondaire particulier.

Pourquoi les femmes enceintes ne sont pas prioritaires sachant que la grossesse peut être un facteur de risque si l’on attrape le Covid-19 ?

Alors ce n’est pas aussi grave d’avoir le Covid quand on est enceinte que lorsqu’on est une personne âgée de 95 ans diabétique par exemple. C’est pour cela que dans l’ordre de priorité les femmes enceintes ne sont pas apparues en première ligne, mais apparaissent petit à petit. C’est cela qui est extrêmement important. La Haute autorité de santé a bien défini que concernant les femmes enceintes dès le premier ou second trimestre de grossesse qui font de l’hypertension, qui ont du diabète, une comorbidité, ou de l’obésité, il ne faut alors pas hésiter à parler de la vaccination, à la proposer et à la réaliser. Et c’est ce que nous avons commencé à faire depuis mercredi 10 mars. Nous avons vacciné les premières personnes.

Pourquoi les femmes enceintes doivent se faire vacciner ? Et à quel moment de la grossesse faut-il le faire dans l’idéal ?

Par mesure de précaution, on préfère éviter le premier trimestre, parce que parfois le vaccin peut donner de la fièvre. Et une fièvre au premier trimestre, on a toujours peur que cela puisse induire une fausse couche. Mais il y a beaucoup de fausses couches au premier trimestre de façon spontanée. Donc pour éviter qu’on fasse le lien erroné entre les deux, on dit d’éviter le premier trimestre et de plutôt se faire vacciner au deuxième ou troisième trimestre surtout s’il y a une comorbidité. Ça c’est vraiment important.

L’idée c’est qu’il faut se faire vacciner dès maintenant, dès que possible. Après le seul frein que l’on a c’est la disponibilité du vaccin comme pour n’importe quelle autre personne. Nous bénéficions du fait que l’on a un centre de vaccination à l’intérieur de l’hôpital pour les patients les plus à risque. Et c’est par ce circuit-là que l’on arrive à faire vacciner. Mais le message est important à faire passer au niveau des centres de vaccination, des pharmaciens, des sages-femmes qui sont en ville, des médecins généralistes, qu’il est possible de vacciner les femmes enceintes. Il n’y a pas de contre-indication. Il faut en discuter. Il faut le proposer, et parler de l’avantage de la vaccination. On a encore actuellement, des femmes enceintes qui passent en soins intensifs parce qu’elles ont une infection grave à cause du Covid. Et ça on peut l’éviter. C’est donc fondamental, selon moi, d’insister là-dessus.

Peut-on donner n’importe quel vaccin contre le Covid-19 à une femme enceinte ?

Les deux vaccins ne sont pas contre-indiqués. On privilégie d’abord les vaccins à ARN messager (Pfizer BioNTech et Moderna) parce qu’ils font un petit peu moins de fièvre en effet secondaire. Mais tout vaccin peut donner une petite fièvre, une petite douleur, une petite rougeur au niveau du point d’injection. Et sur une patiente qui a vraiment une comorbidité importante, s’il n’y a pas de vaccin avec ARN messager, on peut prendre l’autre vaccin type Astra Zeneca qui n’est pas contre-indiqué. Et je pense que si la patiente présente des risques importants, si l’on n’a pas l’un il faut faire l’autre et ne pas attendre 3 semaines ou un mois. Ce qui ferait prendre des risques inconsidérés.

Aucun problème pour allaiter lorsque l’on a été vaccinée ?

Strictement aucun.

La rédaction de La Maison des Maternelles