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Congélation des ovocytes, réserve ovarienne : vos questions sur la PMA

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Publié le 22.09.2021 à 14h07 
(mis à jour le 28.09.2021 à 09h50)

Pr Grynberg, gynécologue-obstétricien, spécialiste de la médecine de la reproduction, chef du service de Médecine de la Reproduction au CHU Antoine Béclère à Paris, répond à nos questions.

LMDM - Aujourd’hui, l’autoconservation des ovocytes est autorisée en France sans motif médical. Conseillez-vous à toutes les femmes de faire congeler leurs ovocytes au plus tôt, au cas où ?

Pr Michael Grynberg – C’est dur de dire à toutes les femmes, de généraliser. Mais c’est une opportunité intéressante, qui va donner des vrais chances, mais à celles qui font ça avant 35 ans. Et à 35 ans, on ne sent pas forcément l’horloge biologique tourner… Le problème, c’est que celles qui viennent aujourd’hui en consultation arrivent un peu tard, 37, 38 ans, voire plus, et l’on sait bien que les techniques fonctionnent mal car la qualité des ovules n’est pas très bonne. J’aurai presque envie de dire, oui : une femme qui n’a pas de projet de grossesse, à 32-33 ans, on sait que ça ne va pas se faire dans les 2 ou 3 ans qui viennent, peut être une éventuelle bonne candidate à ce type de procédure de congélation, pour se donner des chances. Attention, ça ne donnera pas de garantie à tout le monde ! Même si c’est fait dans le bon timing, quand les femmes sont jeunes, ça ne sera jamais des garanties. Elles ne pourront jamais se reposer uniquement là-dessus. 

Pourquoi les médecins ne font pas le point sur la réserve ovarienne dès l’âge de 20 ans en même temps qu’un suivi classique gynécologique pour éviter les mauvaises surprises plus tard ? 

Avec une prise de sang -et une échographie- on peut évaluer la réserve ovarienne. C’est-à-dire, une évaluation indirecte de ce qui est censé être le stock restant d’ovule, puisque chez la femme ça ne se refait pas. Si on le faisait à toutes les femmes à 20 ans, on pourrait identifier les femmes qui seraient déjà en altération de cette réserve, et qui auraient donc une fenêtre de reproduction un peu plus courte. Sauf que dans les faits, ce n’est pas vrai. Ces marqueurs de réserve ne sont pas des marqueurs de fertilité : la majorité des femmes qui ont des réserves ovariennes basses, même quand elles sont jeunes, auront leur enfant naturellement. Ce n’est donc pas si simple ! Si on avait un vrai marqueur de fertilité, ça serait parfait ! Le problème, c’est qu’un certain nombre de gynéco font ça, et il faut se rendre compte de l’annonce ! Si on vous dit que vous avez une réserve ovarienne abaissée, alors que vous avez 25 ans, vous allez être angoissée ! Ces femmes vont penser directement à l’infertilité, vont se mettre une énorme pression pour rencontrer le ‘bon’ conjoint, et ça peut changer toute leur vie ! Après, si on trouve cette réserve ovarienne altérée, on pourrait leur conseiller de congeler, mais ses marqueurs de réserve ovarienne disent qu’elle va pouvoir en congeler très peu à chaque fois, donc il va falloir plusieurs cycles de stimulation et de congélation, c’est lourd. Cela peut permettre de se dire qu’on s’est acheté une petite paix intérieure, se dire qu’on a fait le maximum. C’est vraiment du cas par cas, mais je ne pense pas qu’il faille le doser chez toutes les femmes, ça me parait trop prématuré.

Est-ce qu’il y a un moyen de permettre à l’enfant issu du don d’ovocyte d’accéder à l’identité de la donneuse / du donneur ?

L’accès aux origines est un vrai enjeu pour ces enfants -certains, pas tous- qui essayent de rechercher des informations sur l’identité de la donneuse ou du donneur. Aujourd’hui -ça va changer dans les mois et les années à venir avec les nouvelles lois bioéthiques- il n’y a pas moyens d’avoir des informations sur les donneurs ou donneuses. Jusqu’à maintenant, c’était complétement anonyme. La loi va changer. Les enfants qui seront issus de dons faits à partir de 2022, pourront avoir accès, à leur majorité, à des données non identifiantes. C’est-à-dire, pas le numéro de téléphone ou le moyen de le recontacter, mais quelques caractéristiques, et des informations sur d’éventuelles maladies, etc.

La rédaction de La Maison des Maternelles