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Comprendre les troubles de l'oralité chez l'enfant

4 min de lecture
Publié le 20.10.2021 à 16h25 
(mis à jour le 21.10.2021 à 12h33)

Marie Poirette est orthophoniste, elle répond à nos questions sur les troubles de l’oralité.

 

LMDM - Que sont les troubles de l’oralité alimentaire ?

Marie Poirette - La définition du trouble de l’oralité alimentaire (TOA) c’est « l’ensemble des difficultés de l’alimentation par voie orale » En pratique, grosso modo ça va être des enfants qui mangent très peu et/ou très peu varié. C’est une définition très large et ça touche beaucoup de monde de manière différente : ça peut être sensoriel, moteur, souvent les deux, et on pourrait dire que chaque TOA est différent.

Y a-t-il des signes précurseurs qui doivent nous alerter ? 

Même si ça s’exprime différemment selon les personnes, on retrouve évidemment des signes communs. Notamment :

  • Le manque d’appétit
  • Le refus de la nouveauté
  • La sélectivité alimentaire
  • La lenteur des repas
  • Des problèmes de comportements au moment des repas
  • Des nausées et vomissements
  • Une hypo/hyper sensibilité

Notez bien qu’il ne faut pas présenter tous les symptômes pour avoir un TOA mais que bien sûr il en faut plusieurs qui persistent. Je dirais que si vous reconnaissez votre enfant dans au moins 3 de ces symptômes, ça vaut le coup de vous poser la question.

Si mon enfant est atteint d’un trouble de l’oralité, dois-je tout de même proposer de goûter chaque jour de nouveaux aliments même s'il refuse systématiquement ? 

C’est difficile de donner des conseils précis car on ne peut pas répondre sans connaître l’enfant et la première question à se poser c’est : peut-il-passer aux morceaux ? Est-ce que physiquement il est capable de mettre en place tous les mouvements nécessaires pour mâcher ? Sans la réponse à cette question, on ne peut pas aller plus loin. Seul un bilan pourra vos donner la réponse.

Après je dirais : continuer à proposer oui, bien sûr ! Mais le principal sujet à mon sens c’est : comment ? Si l’enfant ne goûte pas plus, ne passe aux morceaux et ne progresse pas, c’est probablement que l’écart entre ce qu’il sait faire et ce qu’on lui propose est trop grand. Il faut rester dans sa zone proximale de développement et c’est pour ça que chaque prise en charge est différente, que c’est notre travail de nous adapter à chaque enfant : on va utiliser des outils pour lui faire faire de touts petits pas en partant de ce que l’enfant connaît pour aller vers quelque chose de nouveau. Pour ça je vous conseille de vous pencher sur des techniques dont je parle souvent sur les réseaux sociaux : le chainage alimentaire, l’habituation sensorielle, le pairage alimentaire et l’économie de jetons. Et bien entendu, s’il y a souffrance et que vous êtes inquiets pour votre enfant, n’hésitez pas à consulter un orthophoniste et à ne pas rester seuls. 

Peut-on peut guérir des troubles de l’oralité ? 

J’ai l’impression que sur cette question tout le monde a son avis… Certains vous diront « oui bien sûr » et d’autres « non impossible », mon avis est plus nuancé. Je ne dirais pas « guérir » parce qu’il ne s’agit pas d’une maladie. Là c’est un trouble donc on peut progresser, dépasser le trouble, mais c’est du travail. Par contre, avec du travail et de l’engagement, on peut mener une vie tout à fait normale, même en gardant des petites particularités sensorielles -on en a tous- c’est juste une question de degrés : on peut progresser au point de ne plus être gênés au quotidien. C’est pour ça que tout est une question de nuance : si l’alimentation de l’enfant devient suffisamment diversifiée pour mener une vie adulte normale, heureuse et qu’il n’en souffre pas -ni physiquement ni psychologiquement- alors je ne sais pas si on peut parler de « guérir » mais en tout cas ce n’est plus un problème.

Marie Poirette est auteure d’un carnet d’activités destiné aux enfants ayant des troubles de les troubles de l’oralité alimentaire et créatrice du site « Parents Équipés » où les parents peuvent trouver des pistes et des outils pour aider leurs enfants.

La rédaction de La Maison des Maternelles