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Comprendre les phobies d’impulsion 

4 min de lecture
Publié le 01.03.2022 à 15h03 
(mis à jour le 01.03.2022 à 15h05)

Dr Benoît Bayle, psychiatre, répond à nos questions.

LMDM : Qu’est-ce que les phobies d’impulsion ?

Dr Benoît Bayle : Avant tout, la phobie d’impulsion c’est le fait d’avoir peur de faire mal à son bébé -ou à soi-même, ou quelqu’un qu’on aime. C’est un symptôme qui existe dans diverses situations mais qui peut subvenir après la naissance. La maman a alors peur d’actes violents sur son bébé comme le poignarder, l’étrangler, l’agresser sexuellement : des choses extrêmement effrayantes qui vont faire très peur. Ce qu’il faut bien comprendre dans la phobie d’impulsion, c’est que la maman ne va pas passer à l’acte car elle a précisément peur de commettre cet acte. Elle aime son bébé et elle a peur de lui faire du mal, elle n’a pas du tout de désir de lui faire du mal.

Les phobies d’impulsion sont assimilées à des troubles obsessionnels compulsifs. À partir de quand peut-on parler de réel TOC pour une pensée gênante ? 

Effectivement la phobie d’impulsion est un symptôme de trouble obsessionnel compulsif. On y retrouve les 4 temps du TOC : 

  • Le premier temps c’est l’obsession : cette idée, pensée, image, désagréable et étrangère à soi.
  • Une montée d’angoisse importante.
  • Un comportement en conséquence : vérifier plusieurs fois que la porte est bien fermée car on a peur que quelqu’un kidnappe son bébé, par exemple. Cela s’appelle la compulsion, qui peut donner lieu à des rituels.Par exemple, nous avons connu le cas d’une maman qui avait peur d’agresser sexuellement son bébé, et qui se filmait pendant le change, pour être certaine qu’elle ne le faisait pas.
  • Potentiellement des évitements : la maman va éviter d’être seule avec son enfant par peur de lui faire du mal, ou ne va pas lui donner son bain par peur de le noyer. Cela peut être mauvais pour le contact avec le bébé, ça va éloigner la maman, alors qu’en fait, elle ne fera pas de mal.

Cela peut toucher les papas, même si c’est moins connu et décrit.

Mon amie souffre de phobies d’impulsion. Comment l’aider ? Quelles sont les prises en charge recommandées ? 

Premier conseil : on peut baisser son niveau de stress avec des exercices de cohérence cardiaque, 3 fois par jour pendant 5 minutes, et ça va déjà avoir une action au niveau physiologique pour lutter contre les facteurs de stress.

Après bien sûr il faut faire appel à des professionnels. Pour soigner une phobie d’impulsion, la pratique de choix c’est la TCC (thérapie cognitivo comportementale) dans laquelle on va faire des exercices d’exposition aux obsessions. Exemple : faire l’effort d’être devant un couteau qui déclenche une angoisse liée à l’obsession, faire l’effort de ne pas le ranger, et petit à petit l’angoisse va décroître. Vous allez voir que vous n’avez rien fait avec le couteau, c’est rassurant ! Moi j’utilise une autre méthode qui a aussi de très bons résultats : l’intention paradoxale. On va faire l’effort de rechercher ce qui nous fait peur et le souhaiter, mais ce n’est qu’une intention, pas une action bien sûr, tout ça accompagné d’un professionnel. Je m’explique : le toc est comme un petit diable sur l’épaule qui veut nous terroriser et nous faire croire des choses fausses (« attention à ce couteau, tu pourrais faire du mal à ton bébé, range-le ! »). La personne en a marre de ce petit diable qui la terrorise et va donc trouver une ruse : faire croire au petit diable qu’elle veut vraiment faire ce qui lui fait peur, comme si elle lui répondait : « pas question de ranger ce couteau, j’ai vraiment envie de faire du mal à mon bébé ! ». Ça peut paraître épouvantable, mais du coup le diable – désarçonné - ne sait plus trop quoi répondre ! Le souhait paradoxal va en fait bloquer l’angoisse. Et enfin, les médicaments peuvent trouver leur place dans ce soin (ceux habituellement utilisés dans la dépression). 

La rédaction de La Maison des Maternelles