france.tv

Complexes d’ados : « On a tous une mauvaise image de soi »

3 min de lecture
Publié le 12.03.2021 à 07h27 
(mis à jour le 12.03.2021 à 09h53)

Vous avez posé vos questions à LMDP sur les complexes de vos ados. Sophie Braun, psychanalyste, vous répond.

LMDP – Pouvez-vous nous expliquez d’où viennent les complexes ?

Sophie Braun - On a tous des failles narcissiques aujourd’hui. On a tous une mauvaise image de soi. Et le plus facile pour compenser cela c’est de se dire qu’on est mieux que l’autre. Donc on va renvoyer à l’autre un complexe pour se sentir supérieur. C’est cette comparaison-là qui va être à l’origine de beaucoup de complexes. Donc pour sortir des complexes il faut d’abord essayer d’aller bien avec soi-même et de ne pas renvoyer aux autres ces éternelles comparaisons pour se survaloriser soi-même.

« Mon fils Gianni,13 ans, est très complexé par sa petite taille. Il est le plus petit de sa classe et le vit assez mal. Que puis-je faire pour qu’il s’assume mieux ? »

Déjà chaque enfant grandit à son rythme . Et je crois qu’une des questions aussi qui permet d’aider les enfants complexés c’est de leur dire que ça ne va pas durer comme cela. Gianni sera peut-être le plus grand de sa classe quand il aura 17 ans. Simplement la façon dont il grandit lui n’est pas la même que celle de ses copains. On peut également s’appuyer sur un tiers, ou sur un support comme les courbes de croissance du carnet de santé pour appuyer ses propos. Car la parole du parent n’est pas toujours considérée comme très objective par l’enfant. Après si Gianni reste petit, ce n’est pas grave ! On peut lui proposer des modèles. C’est important. Il y a des actrices et des acteurs avec des grands nez, très grands ou au contraire très petits…

« Ma fille de 10 ans est de plus en plus complexée par son strabisme. Je ne sais pas quoi faire pour l’aider, surtout que j’ai moi-même un strabisme et j’ai l’impression qu’elle m’en veut de lui avoir transmis. »

Bien sûr qu’un strabisme c’est embêtant et peut-être qu’on peut l’opérer. Si c’est le cas on le fait car il n’y a pas de raison de rester avec une différence comme ça qui peut gêner cette petite fille. Ensuite il y a également toute la question de la relation à la mère. Et l’adolescence est l’âge auquel les enfants doivent se séparer et doivent quitter la famille. Et c’est là où toutes ces questions de ressemblances et de différences sont fondamentales. C’est l’âge où l’on doit se sentir fort pour quitter la famille. Et souvent le complexe sert à cela : à rester dans le confort familial. Donc parfois la vraie question derrière ne concerne pas le complexe mais plutôt la difficulté à quitter le cocon familial. C’est l’âge où l’on cherche des prétextes pour ne pas partir.

« À 15 ans ma fille a toujours été en surpoids et très complexée. L’année dernière elle a intégré un centre pour jeune en obésité et elle a perdu beaucoup de poids. Mais elle reste toujours aussi complexée. Pourquoi ? »

Dolto a beaucoup travaillé cela : la représentation que l’on a de soi-même ne change pas même quand l’aspect physique change. On peut perdre 30 kilos et se regarder dans une glace et se dire : « Je suis grosse. » Cela nous montre à quel point ce n’est pas le physique qui est important mais la représentation qu’on en a. Cela met des années à changer. Donc parfois il faut traiter l’aspect physique quand c’est très important. Mais il faut toujours penser à cette différence entre la représentation de soi et l’aspect physique qu’il y a.

C’est très compliqué aujourd’hui pour les jeunes filles qui sont prises entre des normes sociales énormes et quelque chose de très féministe : elles doivent être hyper autonomes et féministes mais en même temps être très jolies et féminines. Les garçons quant à eux doivent être doux et sensibles et avoir des pectoraux et des tablettes de chocolat. Ce sont des injonctions contradictoires qui sont très difficiles pour ces jeunes.

La rédaction de La Maison des Maternelles