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Comment parler de son cancer à ses enfants ?

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Publié le 25.10.2021 à 15h48 
(mis à jour le 26.10.2021 à 15h25)

Annoncer son cancer à ses enfants est une étape difficile mais nécéssaire. On en parle avec Nicole Landry-Dattée, psychanalyste.

Une annonce difficile

Alors qu’elle est mère de 3 enfants, Charlotte apprends, en 2019, qu’elle est atteinte d’un cancer du sein. Passé le choc, la mère va alors se questionner sur la façon de l’annoncer à ses filles. Un moment particulièrement difficile, se souvient-elle :

« C’était un dimanche matin. On a fait venir les filles dans notre lit, c’était un moment très "cocooning" Puis Olivier, mon mari, a dit : "Maman a une maladie très grave" Il y en a une qui m’a tout de suite demandé "Est-ce que tu vas mourir ?" On a dit non, même si à ce moment là, on était sûr de rien. On a tout dit, que j’allais perdre mes cheveux, qu’on allait m’enlever le sein. Une de mes filles m’a parlé de ma perruque, elle m'a dit : "On pourra jouer avec" Ça m’a fait du bien d’en parler avec mes enfants. »

Nicole Landry-Dattée, psychanalyste et auteure du livre « Ces enfants qui vivent le cancer d’un parent » aux éditions Ères, précise qu’il n’y a pas une « bonne manière » pour annoncer sa maladie à ses enfants :

« On ne peut pas dire qu’il y ait une « bonne manière » d’annoncer à son enfant qu’on a une maladie grave, c’est toujours très difficile. »

« La vérité, avec des mots gentils »

Mais alors, comment trouver les mots justes pour une telle annonce ? Nicole Landry-Dattée conseille :

« Il me semble qu’il y a une première chose importante, c’est d’avoir digéré pour soi. Il faut un temps pour le parent pour encaisser ce qui lui arrive. Sinon on va retransmettre à l’enfant une intense angoisse. L’enfant ne va pas avoir le temps d’élaborer psychiquement. Je crois que c’est important que le parent élabore psychiquement d’abord, digère, et ensuite il peut en parler. Je vais reprendre la phrase d’un enfant d’un groupe de parole que j’animais : "Nous, on veut la vérité, avec des mots gentils." On avait dit à cet enfant "Ta mère a un cancer, occupes toi de toi, ne t’occupes pas d’elle" »

Rester concret

L’enfant a besoin d’informations concrètes. Nicole Landry-Dattée recommande donc d’aller progressivement dans l’annonce, en parlant des constats réels que l’enfant peut avoir noté :

« La moins mauvaise manière d’annoncer sa maladie à un enfant, c’est d’y aller progressivement. Partir de ce que l’enfant constate. Le parent travaillait et ne travaille plus, il est à la maison, l’ambiance a changé, on est triste, etc… On repart de ce que l’enfant a constaté, on explique à l’enfant que oui, maman a découvert qu’elle avait ceci ou cela, qu’on a fait des examens, qu’on attend les résultats ou qu’on les a déjà -cela dépend où on en est. On peut dire à l’enfant qu’on a trouvé de "mauvaises cellules", une boule, concrètement. On peut lui expliquer si l’enfant pose des questions, ce qu’est une cellule, mais avec des mots simples. Ensuite, on expliquera à l’enfant que ces cellules là s’appellent des cellules cancéreuses. »

La rédaction de La Maison des Maternelles