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Comment gérer un enfant à comportement tyrannique ?

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Publié le 02.12.2021 à 15h34 
(mis à jour le 03.12.2021 à 11h45)

Dr Nathalie Franc, pédopsychiatre au CHU de Montpellier, a créé une consultation sur mesure pour les enfants dits « tyrans ». Elle répond à nos questions sur le sujet.

LMDM - Depuis quelques années, on entend régulièrement parler d’enfant tyran, mais est-ce toujours aussi sévère que dans le cas de Marion ?

Dr Nathalie Franc : « Enfant tyran » est un terme que l’on n’aime pas trop. On parle plutôt d’un comportement tyrannique plutôt que d’enfant tyran. On ne qualifie que le comportement et donc ce n’est pas un diagnostic en tant que tel mais ce comportement de prise de pouvoir sur la famille, et c’est ce que décrit Marion et les autres parents. C’est ce moment où ça bascule, et où en tant que parent on n’a plus l’autorité. Toutes les décisions qu’on prend au quotidien -ce qu’on mange, ce qu’on regarde comme film, là où on part en vacances- sont prises pour éviter une crise, par peur des réactions, de la détresse de l’enfant. Même si l’on n’aime pas trop le terme d’enfant tyran, cela illustre bien la dimension de pouvoir et de contrôle que prend l’enfant car il est en difficulté. Et l’autre point important c’est que ce sont des enfants qui fonctionnent très bien à l’extérieur, qui vont exercer leur contrôle dans le cadre familial. C’est troublant, les parents ont du mal à être crus, entendus, compris.

Je reconnais complètement mon enfant dans cette description : comment dois-je réagir quand une crise commence ?

C’est très compliqué : sur le long terme, il ne faut pas céder car on met le doigt dans l’engrenage et après c’est pire. Mais sur le moment, quand ça se passe, qu’il faut éviter une crise pour des questions de sécurité, ou qu’on est à bout, il faut se dire qu’on a ses propres limites. Ce sont des enfants qui font des crises énormes, des tornades. Là, c’est plutôt ce qu’il ne faut pas faire, c’est-à-dire essayer de reprendre le contrôle par la force. Il faut sortir de ses positions d’escalade, laisser l’enfant gérer ses émotions seul le plus possible, l’isoler si possible. Il vaut mieux un enfant qu’on va mettre dans sa chambre en disant : « quand tu seras calmé, je serai là » que de s’énerver dessus, physiquement ou verbalement. Pour les histoires de provocation, où l’on a un enfant anxieux, qui a besoin de rituel, qui veut qu’on rentre dans son jeu car ça le rassure : plus on accepte, moins ça les rassure finalement sur le long terme. Il faut sortir de ça, mais comme ce sont des parents fragilisés c’est très difficile, c’est pour cela qu’on a des programmes pour les accompagner. Ça ne peut pas être du jour au lendemain : « je ne fais plus rien » sinon ils vont vivre un enfer. Il faut le préparer, l’anticiper : c’est ce qu’on essaye de travailler avec eux.

La rédaction de La Maison des Maternelles