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Comment fonctionnent les souvenirs d’enfance ?

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Publié le 18.03.2020 à 17h06 
(mis à jour le 19.03.2020 à 16h48)

On les raconte en famille, on parcourt des albums photos, on garde des mèches de cheveux ou les premières dents de lait, les souvenirs d’enfance nous tiennent à cœur. Mais comment se construisent-ils ? 

Le Professeur Philippe Duverger est pédopsychiatre. Il nous en apprend plus sur les souvenirs d’enfance et leurs fondements. 

Les premiers souvenirs 

Les premiers véritables souvenirs, commencent autour de 4-5 ans, comme nous l’explique le spécialiste : 

« Les premiers souvenirs comme des récits que l’on se fait d’un moment passé, qu’ils soient bons ou mauvais, datent de nos 4-5 ans. Avant ce sont plutôt des traces, des bribes, des sensations. » 

Concernant les années qui les précèdent, nous subissons un phénomène que l’on appelle l’amnésie infantile. Celle-ci est due à deux raisons : 

  • Fonctionnelle et cérébrale 

Le cerveau n’est pas encore fini, il n’a pas les capacités d’emmagasiner tout ce qu’il vit. Pour pouvoir raconter une histoire, il faut le langage. 

  • Psychologique 

Il y a un phénomène de refoulement. Notamment d’idées teintées d’angoisse et de culpabilité. Nous passons tous par une période œdipienne durant laquelle on désire des choses interdites. Cela conduit alors à refouler certains souvenirs car on se sent coupable. 

Néanmoins, le traumatisme peut figer certains souvenirs, on ne le choisit pas. Avant 4 ans, cela peut davantage fixer des émotions, des sensations, auxquelles certaines situations feront écho sans que l’on parvienne forcément à les nommer. 

Les souvenirs, des reconstructions 

« Tous nos souvenirs sont des reconstructions. On fantasme, on embellit, on dramatise, on les associe à des émotions. » nous indique le pédopsychiatre.  En effet lorsque plusieurs personnes vivent une même situation, il arrive souvent que l’on ne se souvienne pas des mêmes choses, que les émotions associées à ces souvenirs ne soient pas les mêmes selon les personnes. Chaque souvenir est lié à notre perception du moment. 

De plus, les souvenirs évoluent avec le temps, certains peuvent être heureux ou douloureux dans un premier temps, puis évoluer à l’inverse selon ce que l’on vit par la suite.

« Le souvenir est un miroir de soi-même, ils sont toujours réactualisés selon la perception que l’on a de nous et des autres. C’est très personnel. »

On ne fabrique pas les souvenirs de ses enfants

Il est impossible de construire des souvenirs pour les autres. On peut raconter, montrer des photos, des objets, mais c’est toujours l’enfant qui construira ses propres souvenirs. Par ailleurs, ce n’est pas la quantité de vidéos ou de photos qui feront la qualité du souvenir : 

« Dans un album, il y aura toujours la photo que l’on préfère, que l’on associe à quelque chose de fort. Nous ne sommes pas des ordinateurs avec un disque dur. On n’augmente pas le champs mnésique. » 

De la même façon, lorsqu’un souvenir est traumatisant, on ne peut pas l’effacer dans la mémoire de son enfant, on peut simplement l’aider à changer la perception qu’il en a. Le traumatisme est lié à l’angoisse, lorsque l’on dédramatise, on réduit l’angoisse et donc on réduit les chances que le traumatisme se fixe. C’est pourquoi il faut en parler, calmement, avec l’aide d’un spécialiste si besoin. 

Les souvenirs aident à se construire, pour vivre au présent

Le Professeur Duverger nous met néanmoins en garde contre un écueil : vivre au passé.

« Il ne faut pas vivre dans la nostalgie du souvenir, il est très important de découvrir de nouvelles choses, même si l’avenir est parfois incertain et que les souvenirs nous rassurent. »

 

La rédaction de La Maison des Maternelles