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Comment expliquer un déni de grossesse ?

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Publié le 17.09.2021 à 14h46 
(mis à jour le 24.09.2021 à 15h55)

Pr Israël Nisand est gynécologue-obstétricien, chef de service de la maternité de l’hôpital américain de Paris. 

Le professeur s’intérésse depuis plusieurs années au phénomène du déni de grossesse. Il est d’ailleurs l’auteur avec la psychanalyste Sophie Marinopoulos du livre « Elles accouchent et ne sont pas enceintes » paru aux éditions Les liens qui libèrent. Il répond à nos questions sur ce sujet.

LMDM - Le déni de grossesse est souvent source d'incrédulité y compris dans le milieu médical, qui doutent de la parole de la patiente… Le déni de grossesse est-il un phénomène reconnu par la médecine ? 

Pr Nisand – De plus en plus. La société, les médecins, sages-femmes, gynécologues, savent l’existence du déni de grossesse. Il y a vraiment eu une avancée de la connaissance, y compris chez les magistrats, qui, dans les cas graves, sont amenés à juger ces femmes. On a fait de très importants progrès sur la connaissance de cette pathologie qui étonne tout le monde. L’incrédulité qui est exprimé par les corps médical est la pire, car elle donne l’impression à la femme d’être monstrueuse, d’être la seule avec qui ça arrive, etc… On essaye de faire passer ce message aux étudiants du corps médical. Les premiers mots que les médecins vont avoir pour la femme au moment de la découverte du déni de grossesse sont très importants.

Quand on fait un déni de grossesse, pourquoi avons-nous toujours nos règles ? 

Les règles sont contrôlées par le cerveau. Pendant la grossesse, il y a une partie de l’utérus qui s’appelle le canal cervical, qui est recouvert d’une muqueuse. Quand cerveau, qui est le maitre de tout ce qu’il se passe dans notre corps, y compris de notre silhouette, donne l’ordre des règles, la partie qui est en dessous du canal cervical, peut desquamer, comme pour des règles. Il y a donc des femmes qui ont leurs règles pendant toute la grossesse, ce qui participe à la complexité de l’analyse des symptômes qu’elles ont.

Où le bébé se cache-t-il pendant 9 mois ? 

Le bébé ne se cache pas. Mais le contrôle de la silhouette, comme je le disais, est un contrôle presque quotidien. Quand on se regarde nu dans la glace, on contrôle sa silhouette. C’est contrôlé par des muscles, que l’on appelle « le muscle grand droit » et qui peuvent devenir un véritable mur. Quand une femme se sait enceinte, elle laisse basculer inconsciemment son utérus vers l’avant, mais quand elle ne se sait pas enceinte, elle « corrige » sa silhouette sans le savoir en musclant le muscle grand droit. L’utérus au lieu d’être penché vers l’avant, l’enfant pousse vers le haut. On est parfois surpris, de voir qu’une femme a dans son ventre un bébé de plus de 3 kilos, et on ne voit rien, peu importe la morphologie. Ce n’est pas du tout une affaire magique, mais quand la femme sait, qu’on lui révèle sa grossesse -ce qui est toujours un choc et une grande souffrance- alors le ventre sort. Certaines femmes décrivent ressentir comme un Alien qui pousse dans leur ventre. Tout est très éprouvant et déstabilisant : le fait de ne pas comprendre pourquoi on n’a pas senti les signes de la grossesse, ne pas avoir communiqué avec son bébé, la culpabilité… Nous considérons que le déni de grossesse est une urgence, que ces femmes doivent être hospitalisées. 

La rédaction de La Maison des Maternelles