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Comment bébé acquiert-il le langage ?

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Publié le 05.06.2020 à 16h15 
(mis à jour le 08.06.2020 à 17h45)

Bien avant de savoir parler, l’enfant comprend le langage et communique avec son environnement. En l’espace de quelques mois, ses capacités de compréhension et de communication vont considérablement évoluer.

La chronologie

Gazouillis, babillages, cris… Avant d’être capable de réciter Le corbeau et le renard, l’enfant va devoir se familiariser avec sa voix, et l’expérimenter. Dans leur publication L’acquisition du langage chez le bébé, Mireille Babineau, chercheuse, et Sharon Peperkamp, directrice de recherche au CNRS, décrivent, par étape, le déroulement de l’acquisition du langage chez les bébés :

« Les parents peuvent observer que dès l’âge de 3 mois leur bébé se met à gazouiller, c’est-à-dire à produire des sons vocaliques, puis commence à babiller, c’est-à-dire, à produire des séquences de syllabes telles que « tatata dadada », vers 7 mois. Autour de l’âge de 12 mois, les bébés réussissent à prononcer leurs premiers mots, puis leurs premières phrases un an plus tard. Après l’âge de 3 ans, les enfants peuvent tenir une conversation et arriver à raconter une histoire. »

Parler au bébé

« Je vais changer ta couche », « Nous allons aller voir tes grands-parents »… Si vous pensez que votre nourrisson ne comprend pas ce que vous lui dites et que cela ne vaut donc pas la peine de faire des phrases intelligibles, détrompez-vous ! Le linguiste Alain Bentolila, rappelle à quel point il est important de parler aux nouveau-nés :

« Il ne faut pas penser que parce qu’un enfant ne parle pas, il ne comprend pas. Même si vous pensez que ce que vous dites à votre enfant ne fait pas sens dans sa tête, parlez-lui. Car cela fait sens. Le bébé est en position de devoir survivre par la langue. Une position qui va le pousser à faire des étincelles. »

Pour illustrer l’importance de communiquer avec un bébé, l’expert revient sur une expérience menée par Françoise Dolto, pédiatre et psychanalyste :

« Quand Dolto se rendait à l’orphelinat, auprès des tout petits enfants, elle se mettait devant eux, et elle leurs racontait leur histoire, en leur expliquant bien que leur mère ne les avait pas abandonnés parce qu’elle ne les aimait pas. Elle a ensuite constaté que ces enfants qui n’avaient que quelques semaines de vie, allaient mieux et dormaient mieux. »

Gazouillis et babillages

À partir de 3, 4 mois, le bébé commence à produire des sons, à gazouiller. Il va, chaque jour, faire l’apprentissage de ses cordes vocales et de ce dont il est capable. Il va ainsi tester la puissance de sa voix en criant, ou tenter de nouveaux bruits, plus graves, plus aigus… C’est une période qu’il faut, en tant que parent, prendre au sérieux, comme le conseille le linguiste :

« Les gazouillis, c’est l’enfant qui s’entraîne à prononcer des sons parce qu’il sait qu’il en a besoin. Il sait que distinguer "te" de "de" va lui servir, il expérimente les choses. »

L’importance des gestes

Un bébé a besoin qu’on l’accompagne. Sans parole, il va recourir au geste et commencer à pointer du doigt un objet qui l’intéresse, à tendre les bras vers un adulte s’il souhaite être porté… Alain Bentolila recommande donc de prendre le temps pour lui décrire son environnement :

« Un enfant n’arrive pas dans un monde étiqueté, il faut qu’il apprenne comment ce monde se dit. Il faut qu’il apprenne à nommer. Faire son job de parent à ce moment-là c’est prendre un peu de temps, 1 ou 2 fois par semaine où l’on est tout à lui : le regarder, l’écouter et lui parler. »

Pour faciliter l’acquisition du langage, il est également possible, dès la naissance de l’enfant, de recourir aux langage des signes. En accompagnant la parole d’un signe, toujours le même, le parent va permettre à l’enfant de communiquer plus tôt avec son entourage. Avant de pouvoir dire qu’il a envie de dormir, il lui suffira de montrer le geste à ses parents pour se faire comprendre. Et pas d’inquiétude sur l’apprentissage de la langue, comme l’explqiue Sophie d’Olce, auteure de Signer avec son bébé, aux éditions First:

« Un enfant qui va signer tôt est en général un enfant qui va parler plus tôt, qui aura encore plus le plaisir des mots. »

La rédaction de La Maison des Maternelles