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« Certains ont dû choisir pendant le confinement : payer le loyer ou nourrir la famille »

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Publié le 26.05.2020 à 15h22 
(mis à jour le 26.05.2020 à 18h30)

Le collectif ACLEFEU a distribué plus de 200 000 colis alimentaires à des foyers en grande précarité qui n'arrivent plus à se nourrir depuis le début de la crise sanitaire. Mohamed Mechmache, membre fondateur de l'association relate à LMDM des situations alarmantes. 

LMDM - Vous avez alerté à de nombreuses reprises pendant le confinement, à propos de familles qui subissent une grande précarité, au point d’avoir des difficultés à se nourrir. Expliquez-nous.

Mohamed Mechmache, membre fondateur du collectif ACLEFEU – Cette crise sanitaire a révélé une crise sociale. Elle existait depuis très longtemps mais a été accentuée pendant la crise. Notre collectif qui vit à côté de ces familles, les côtoie constamment, a rapidement compris que ce confinement allait poser des problèmes alimentaires et d’hygiène.

Qu’avez-vous mis en place pour aider ces familles ?

Grâce à nos réseaux, nous nous sommes organisés pour mettre en place des actions, et des distributions de colis alimentaires assez équilibrés : avec des denrées non périssables, des fruits, des légumes, des laitages… Cela a permis de venir en aide à ces familles car on savait que cela serait compliqué. Parce que certains de ces enfants allaient à l’école, et leurs parents payaient parfois 1 € par enfant pour la cantine. Cela veut dire qu’avec 5 enfants, c’est 5 € par jour, mais quand vous les avez à la maison à cause du confinement, cela va vous coûter beaucoup plus cher.

Vous n’avez pas pu compter sur le soutien des Restos du cœur, ou du Secours populaire, qui ont fermé pendant cette période ?

Il y a beaucoup de bénévoles retraités, âgés ou enclins à certaines pathologies au sein des Restos du cœur. Donc ils ont dû fermer pendant la crise. Nous avons donc tout de suite pris le relai en organisant des grandes actions alimentaires. On a démarré avec 200 personnes qui sont venues chercher un colis, puis 450, puis 700. Aujourd’hui, il y a plus de 1300 personnes qui viennent récupérer des colis. Et nous en avons distribués plus de 200 000 depuis le début de la crise sanitaire.

Est-ce que vous pensez que l’Etat délaisse ces familles ?

En ce qui concerne ces familles qui vivent dans des territoires particuliers et qui sont considérées comme des travailleurs pauvres, il fallait réagir rapidement. Il fallait qu’il y ait une réponse de l’Etat. Elle est tombée : ces personnes recevront une prime (NDLR : une aide exceptionnelle pour les familles les plus modestes, qui sera versée en une fois et dont le montant pourra être aligné sur la prime de Noël versée aux chômeurs, c’est-à-dire quelque centaines d’euros en fonction du nombre d’enfants.). Mais nous estimons qu’il faut aller plus loin car cette prime ne suffira pas à apporter de l’aide à ces familles. Le plus dur reste à venir. Sachant que nous sommes face aujourd’hui à des personnes qui ont dû faire des choix pendant le confinement : "ou je paye mon loyer ou je donne à manger à ma famille"… Donc certains ont préféré aller chercher à manger. Et je pense donc qu’il faut que cette prime soit versée à ces familles jusqu’à la fin de l’année pour qu’elles puissent tenir le cap.

Aujourd’hui, comment s’y prendre si l’on souhaite vous aider ?

C’est simple, vous vous rendez sur la page Facebook de l’association et vous nous envoyez un message. À partir de là on vous répondra pour vous expliquer comment vous pouvez nous aider à continuer. Sachant que nous allons continuer à faire des distributions. Et nous avons reçu beaucoup de sollicitations de mamans d’enfants entre 0 et 3 ans, qui avaient besoin d’aide. Donc nous allons également travailler avec la Fondation Abbé Pierre à la composition et la distribution de kits pour bébé qui vont comprendre : des couches, du lait, des biberons, des lingettes. Cela représente un coût énorme dans le budget des familles. 

La rédaction de La Maison des Maternelles