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Ce que la France économiserait si les garçons étaient éduqués comme les filles

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Publié le 19.04.2021 à 14h04 
(mis à jour le 20.04.2021 à 16h02)

Les hommes représentent l’immense majorité des auteurs de violences, criminalités et comportements à risque. De son essai Le cout de la virilité, l’historienne Lucile Peytavin tire une conclusion : il suffirait d’éduquer les garçons comme des filles.

Lucile Peytavin est historienne. Dans son essai, Le cout de la virilité, ce que la France économiserait si les hommes se comportaient comme des femmes aux éditions Anne Carrière, elle estime ce que coûte les comportements asociaux des hommes à l’État et à la société. Elle explique :

« Les hommes représentent l’immense majorité des auteurs de violences, criminalités, mais aussi comportements à risque. Tout cela a un coût, direct pour l’État, et indirect pour la société. Je l’évalue à 100 milliards d’euros par an»

En détail, les hommes représentent 83% des mis en cause par la justice et 90% des personnes condamnées. La population carcérale est à 96% masculine. Les hommes représentent :

  • 86% des auteurs d’homicides,
  • 99% des auteurs de viols,
  • 84% des auteurs d’accidents mortels sur la route.

Violents par nature… ou culture ?

L’idée que les hommes auraient une « nature » violente est fausse, explique Lucile Peytavin :

« Les hommes ne sont pas violents par nature, il n’y a rien de biologique ou physiologique qui les pousseraient à se comporter ainsi. La science l’a largement démontré. Ce n’est ni le cerveau, ni la testostérone, puisque des niveaux de testostérone élevés chez un même individu, peuvent être associés à des comportements agressifs comme altruistes. 

Les sciences de l’éducation montrent en revanche qu’il y a une acculturation (processus par lequel une personne ou un groupe assimile une culture étrangère à la sienne, NDLR) des hommes à la violence, puisqu’ils ont une éducation qui reposent sur des valeurs de virilité, beaucoup plus que les filles. Ces valeurs de virilité rassemblent des attributs de force, qui les poussent à des démonstrations de force, et à des comportements beaucoup plus perturbants, violents que les filles. »

L’influence de l’éducation et de la culture

Lucile Peytavin explique que nos comportements vont différer face à notre enfant s’il s’agit d’un garçon ou d’une fille, et ce, même avant la naissance :

« Même avant que les enfants naissent, les parents, de façon inconsciente, projettent sur leur enfant tout un univers complètement différent s’il s’agit d’une fille ou d’un garçon. Dès les premiers jours de la vie des garçons, les parents ne vont pas se comporter de la même façon. Ils ont des comportements plus toniques, ils développent moins leurs sentiments, ont un langage moins affiliatif. Très rapidement, ils vont moins les prévenir des dangers lorsque les bébés garçons vont s’adonner à des activités. Très rapidement aussi, on voit apparaitre des démonstrations de violence dans les jeux : bagarre, bataille, arme factice. Des études montrent aussi que les parents développent plus chez les garçons le sentiment de la colère, alors que la tristesse est réprimée. »

Mais la culture joue aussi un rôle important. On sait par exemple que 70% des personnages principaux dans les films sont des hommes, et que dans 90% des cas ce sont eux qui donnent les coups. Cela influe sur le comportement des filles et des garçons, dès le plus jeune âge :

« Il y a aussi les livres, les films, dans lesquels encore aujourd’hui l’immense majorité des héros sont des hommes qui s’adonnent à une violence qui est légitime pour sauver le monde. Les garçons s’identifient très rapidement à ces personnages, développent une appétence pour ces comportements-là. » 

La construction de l’identité virile

« À l’école, on s’aperçoit que les garçons, dans l’immense majorité, sont les élèves qui vont commettre des violences sur leurs camarades, injures, etc. On attend d’eux qu’ils respectent des règles. Le fait qu’ils ne respectent pas ces règles construit leur identité virile. Il y a donc quelque chose de très contreproductif dans le fait de punir les garçons puisque pour eux, les punitions peuvent être comme « une médaille », qui va faire qu’ils prouvent aux yeux de leurs paires qu’ils sont de « vrais hommes » puisqu’ils résistent au système, ils résistent aux règles qui sont imposées par l’école. »

Dans cette construction, l’adolescence est une période particulière, où la construction de l’identité virile va se cristalliser, explique l’autrice :

« En se donnant des coups, les adolescents vont montrer qu’ils sont forts, qu’ils résistent à la douleur. Par tout un vocabulaire, ils vont rejeter les garçons qui ne répondent pas à ces injonctions de la virilité : les garçons efféminés, dit faibles, homosexuels, etc. On se rend compte en revanche que la moitié de la population, à savoir les femmes, qui elles, sont peu ou pas éduquées à travers ces valeurs viriles, ont des comportements beaucoup plus pacifiques, altruistes, en adéquation avec la société de droit dans laquelle on vit. Elles ne représentent d'ailleurs que 17% des mis en causes par la justice. »

Éduquer les garçons comme les filles 

« La solution, on l’a sous les yeux : il suffirait d’éduquer les garçons comme les filles, pour que, in fine, ils se comportent comme les filles, pour qu’on économise ce coût de la virilité, qui est un coût financier mais aussi humain colossal ! 

Ce n’est pas simple, ce n’est pas acquis, mais il suffirait de donner des poupons aux petits garçons pour qu’ils apprennent à s’occuper d’autrui. De développer davantage chez eux les sentiments pour qu’ils deviennent plus empathiques, les contraindre beaucoup plus à respecter les règles… Ce qu’on fait au final avec les filles, il faudrait le faire beaucoup plus avec les petits garçons. »

Si les hommes se comportaient comme des femmes

Si l'on éduquait les garçons comme des filles, les hommes se comporteraient donc davantage comme des femmes. Qu’y gagnerait-on ? Une société plus riche, plus libre, plus sécuritaire, selon Lucile Peytavin :

« Si les hommes se comportaient comme des femmes, on économiserait ce coût financier de près de 100 milliards d’euros par an, c’est colossal. Pour se rendre compte, on évalue l’éradication de la grande pauvreté à 7 milliards d’euros, la dette des hôpitaux 30 milliards d’euros… On pourrait investir dans des politiques publiques de façon très importante. Et aussi dans le quotidien des citoyens et citoyennes, il y aurait une différence. Les taux de criminalité et délinquance baisserait drastiquement et donc on vivrait tous plus sécurité, on aurait moins peur de marcher seul.e dans la rue, se faire voler son sac ou laisser ses enfants jouer dehors… On vivrait dans une société beaucoup plus riche, où l’on serait tous bien plus libre, parce que, beaucoup plus en sécurité. »

Le coût de la virilité, ce que la France économiserait si les hommes se comportaient comme les femmes écrit par Lucile Peytavin, aux éditions Anne Carrière, 17,50€.

Marion Cousin