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Boulimie chez l'adolescent : toutes vos questions

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Publié jeudi dernier à 12h36 
(mis à jour jeudi dernier à 12h50)

La boulimie touche environ 1,5 % des 11–20 ans, et concerne environ trois jeunes filles pour un garçon. Dr Vincent Trebossen, psychiatre à l'hôpital Robert Debré, répond à toutes nos questions sur ce trouble.

LMDP : Mon enfant vole de la nourriture, que dois-je faire ?

Dr Vincent Trebossent - Le mot clé c’est : en parler, tout de suite. Lui demander ce qu’il se passe, pourquoi il vole de la nourriture : est-ce qu’il est triste, est ce qu’il s’ennuie, est-il en colère ? Il ne faut pas le gronder. On ne parlera d’ailleurs pas forcément de crise de boulimie parce qu’il vole de la nourriture. C’est quelque chose qu’on a vu pas mal pendant le confinement, beaucoup de parents nous ont posé la question. Je vous invite d’ailleurs à aller voir un site que nous avons fait avec le service, avec des fiches pratiques pour les parents, notamment une sur le grignotage chez les enfants, on donne pas mal de conseils.

Combien de temps dure la boulimie en moyenne ?

Ce n’est pas quantifiable et cela varie beaucoup d’une personne à l’autre. Ce qu’on peut dire c’est que plus de la moitié des adolescentes guérissent dans les 5 premières années du trouble. Un quart guérissent plus tard de ces 5 dernières années. Pour le dernier quart, c’est plus difficile à dire : certains guérissent, d’autres gardent certains symptômes. Il y a souvent un très long délai malheureusement entre le début des symptômes et la prise en charge.

Existe-t-il une échelle de gravité de la boulimie ? Comment savoir si mon ado est légèrement ou sévèrement atteint ?

C’est plutôt au médecin de définir cela. Les critères importants sont : la fréquence, l’intensité des crises de boulimie et leur retentissement sur la santé physique, psychique et sociale -isolement, scolarité, famille. S’il y a beaucoup de comportements compensatoires (le jeune, la pratique sportive) il y a forcément des conséquences sur la santé physique, psychique et sociale et donc c’est aussi important à prendre en compte.

La boulimie est-elle une dépendance à la nourriture comme celles des toxicos ou alcooliques ?

Non, pas vraiment. Pourquoi ? Parce que les aliments ne sont pas addictogènes comme le sont l’héroïne, la cocaïne ou d’autres substances. Par contre, il y a des choses similaires comme : « l’envie impérieuse de » que l’on retrouve dans les addictions et la boulimie. On sait aussi que les facteurs de stress qui peuvent être responsable de l’apparition de la boulimie on peut les retrouver pour des addictions. D’ailleurs, les personnes qui souffrent de boulimie, souffrent aussi souvent d’addictions.                                                    

Y a-t-il des aliments qui vont être privilégiés dans la boulimie ?

On retrouve souvent des aliments très sucrés ou très salés, et aussi faciles à ingérer, qui ne demandent pas à être beaucoup mâchés, et qu’on trouve facilement, qui ne nécessitent pas de préparation.

Comment expliquer que les filles soient plus touchées que les garçons ? comment repérer le trouble chez un garçon ?

On l’explique difficilement, on ne le sait pas très bien. On le repèrera chez un garçon de la même façon que chez une fille, même si cela peut être plus difficile, on sait que les garçons sont moins habitués à parler de leur émotion, de leur tristesse. Donc il faudra peut-être être plus vigilant. Mais par exemple une pratique intense d’activité sportive doit questionner. On a souvent plus de comportements compensatoires que de vomissements.

La rédaction de La Maison des Maternelles