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Beau-père, belle-mère : un lien à réinventer

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Publié le 09.06.2021 à 12h31 
(mis à jour le 11.06.2021 à 10h49)

Comment se positionner avec des enfants qui ne sont pas les siens ? Quel rôle avoir ? Sophie Cadalen, psychanalyste, répond à vos questions.

Les fils de mon compagnon refusent de passer du temps avec moi. Quand il en a la garde, nous ne nous voyons pas. La situation me pèse, que puis-je faire ?

Sophie Cadalen – Vous, vous ne pouvez rien faire. Ce n’est pas à vous de gérer ça. Ça se joue avec le papa : c’est à lui de définir quelle place il lui donne ! C’est au père de dire aux enfants « Je vous adore, mais j’ai une amoureuse, elle fait partie de ma vie, on va passer du temps ensemble ». Ça ne veut pas dire qu’il lui donne ses enfants et ne s’en occupe pas bien sûr. C’est à lui de créer la place. Évidement ce n’est pas les enfants qui vont faire les intermédiaires. C’est une histoire de couple qui doit s’ajuster. Souvent, il y a dans ces histoires de la culpabilité, il y a les conditions de séparation, comment la famille s’est recomposée… Si on a peur, si on a la culpabilité de se dire qu’on a fait du mal à l’autre parent, aux enfants à cause de la séparation : souvent ça donne des parents qui n’osent pas imposer leur choix de vie, et donc une nouvelle présence dans la vie de leur enfant.

Je suis la belle-mère de 3 enfants. Impossible de s’entendre sur leur éducation avec leur mère, c’est très pesant. Comment éviter que ces divergences se transforment en conflit ?

Je dirai qu’il faut arrêter de luter. Elle ne fait pas pareil, on fait d’une autre manière… Il y a des moments où on ne peut pas s’entendre, pas s’écouter… Il faut voir aussi ce qui se joue là encore derrière, quel est le conflit dans l’ex couple ? Dans ces cas-là, et les enfants le comprennent très bien, il faut délimiter les territoires : ici, ça se passe comme ça, ailleurs, ça se passera autrement. S’il n’y a pas moyen de communiquer, tenter de se faire entendre, comprendre, arriver à un compromis sera tout à fait impossible, et ça sera forcément conflictuel.

Quand je suis seule avec ma belle-fille de 5 ans, elle m’adore et tout se passe bien. Mais dès que son père est là, elle est collée à lui, je ne peux plus rien lui dire. Comment expliquer cette attitude ?

À 5 ans, elle est en plein âge œdipien. Peut-être que le papa l’entretient un peu aussi ? Ça réclamerait d’être questionné. Elle n’a pas à se battre contre ça. C’est des moments que père et fille passent tous les deux, c’est peut-être bien aussi qu’elle sorte un peu du jeu quelques fois. C’est aussi au père de poser des limites, de proposer par exemple le câlin à 3 par exemple. La relation est bonne, donc tout va bien : elle peut aussi se « décrocher » parfois, être 2 par 2.

Depuis la naissance de mon fils, mon beau-fils de 3 ans a du mal à nous quitter pour aller chez sa mère. J’ai peur qu’il devienne jaloux de son petit frère. Faut-il envisager de changer de mode de garde ?

Non. Sauf si le mode de garde précédent était déjà imparfait et qu’il ne convenait pas aux parents, sauf si l’enfant en souffrait déjà. Mais en plus de cette naissance, changer le fonctionnement du mode de garde serait terrible pour l’enfant -et pour la mère aussi j’imagine. Ce sont des choses logiques : un nouvel enfant arrive, l’ainé a du mal à se positionner, a peur d’être moins aimé… Sans doute que quand l’enfant est chez sa mère, ça se passe très bien ! Il ne faut pas mésestimer l’habileté des enfants à appuyer sur les touches un peu sensibles de nos culpabilités, de nos doutes. Le père doit faire comme on le fait quand un autre enfant arrive : prendre du temps avec l’ainé, lui dire « voilà, tu as un petit frère », le valoriser, et surtout lui répéter qu’on ne cesse de l’aimer, que ça n’a rien changé.

La rédaction de La Maison des Maternelles