france.tv

« Avoir une contraception gratuite et confidentielle est un droit des jeunes femmes »

Publié le 16.12.2021 à 17h48 
(mis à jour le 17.12.2021 à 09h04)

Pr Nisand est gynécologue, auteur de « Et si on parlait de sexe à nos ados ? » aux éditions Odile Jacbob. il répond à nos questions sur les adolescents, la sexualité et la contraception.

LMDM - Certains adolescents peuvent avoir des « pensées magiques » concernant la sexualité ou la contraception : comment l’expliquer ?

Pr Nisand : On apprend aux enfants à traverser la rue en regardant à droite et à gauche, c’est beaucoup plus difficile de leur apprendre à entrer dans la sexualité en évitant les pensées magiques qu’il y a chez les ados : « Je ne risque pas d’être enceinte au premier rapport ou pendant les règles ; Si le garçon se retire il n’y a pas de grossesse » Bref, toutes les fausses idées. Le préservatif est souvent mal utilisé à cet âge-là. Les informations dont disposent nos adolescent.es sont très largement insuffisantes. La loi prévoit pourtant 3 heures par an à partir de l’âge de 4 ans sur la vie affective. Tout ça n’a pas lieu dans notre pays. On a une loi qui décore les étagères du ministère de l’Éducation nationale mais n’est pas appliquée, bien qu’il soit dit le contraire. Il y a des endroits où il y a beaucoup de volontaires, des infirmières, sages-femmes, le planning qui intervient mais c’est du volontariat. La loi n’est pas appliquée. Ce qui fait qu’on a encore 15 000 grossesses par an chez les moins de 18 ans. 90 000 IVG chez les moins de 24 ans. On ne peut pas être content du résultat ! Heureusement, il y a beaucoup moins de naissances chez les moins de 18 ans : en 20 ans, le chiffre a été divisé par 10.

Une grossesse à l’adolescence, ça va quand les parents derrière suivent, quand la fille se rescolarise après, quand l’environnement est bon. Mais dans 95% des cas, ce n’est pas une histoire rose comme celle d’Anais. Nous, quand on voit arriver une jeune femme de 16 ans enceinte dans le service, c’est l’urgence. L’urgence pour la rescolariser, recréer le contact avec les parents. Cette bonne question (« Je me sens mal dans mes pompes, je ne vais pas bien, à l’école ça ne se passe pas bien ») et sa mauvaise réponse (« Si je devenais une maman, ça serait peut-être mieux ») ne doivent pas se terminer par une interruption involontaire de l’adolescence. Quand on ne peut plus sortir avec ses copines car on doit garder son bébé, on en veut au bébé. À 16 ans on a des ressources pour être une très bonne maman mais pas sans l’avoir voulu et le souhaiter.

Vers qui se tourner en tant qu’adolescente pour avoir accès à une contraception sans passer par les parents ?

La loi récemment a prévu la confidentialité et la gratuité de la contraception pour toutes les moins de 25 ans. Très peu de médecins le savent, encore moins les jeunes femmes : il faut un numéro de sécurité sociale. La sexualité des adultes vit dans l’ombre ! Pourquoi pas celle des adolescents ? On peut aller voir n’importe quel médecin, au planning familial, chez une sage-femme. Il n’y a pas d’examen gynécologique : si un médecin veut examiner la jeune fille, elle doit dire non. Il y a un certain nombre de questions que le médecin va poser pour déterminer la contraception la mieux adaptée, mais c’est un droit de nos jeunes femmes d’avoir une contraception gratuite et confidentiel. Malheureusement c’est un droit fort peu utilisé !

Pour rappel, vous pouvez joindre le planning familial au 0800 08 11 11 ou vous rendre directement dans une de leurs antennes ainsi que sur leur site internet.

La rédaction de La Maison des Maternelles