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Avoir 1 enfant, 6 ou 0 : peut-on laisser les femmes tranquilles ?

3 min de lecture
Publié mardi dernier à 12h51 
(mis à jour vendredi dernier à 09h48)

[Billet d’humeur]

 

Voilà un sujet qui touche l’intimité profonde des femmes, mais qui est, parallèlement et sans aucune logique, commenté sans arrêt par la société entière. Vous ne voulez pas d’enfant ? Vous allez sûrement changer d’avis, ou bien regretter votre décision. Vous n’en avez qu’un ? Avez-vous pensé à ce pauvre enfant sans fratrie ? Vous en avez 4, 5 ou plus ? Vous devriez penser un peu plus à vous. Ils sont rapprochés ? Vous êtes folle. Ils sont éloignés ? Quelle idée de se remettre dans les couches autant de temps après. Mère à 20 ans ? Inconsciente ! Et à 45 ans ? Vous n’avez pensé qu’à votre carrière.

Encore la semaine dernière, le Pape Francois a déclaré : « Aujourd’hui, on constate une forme d’égoïsme. On voit que certains ne veulent pas avoir d’enfant. Parfois, ils en ont un, et c’est tout, mais ils ont des chiens et des chats qui prennent la place des enfants. » Non pas que les déclarations du Pape m’intéressent particulièrement à titre personnel, mais force est de constater que les paroles d’un homme proclamé « Chef suprême de l'Église catholique romaine » et suivi par près de 27 millions de personnes sur les réseaux sociaux trouvent sûrement une résonance certaine en ce bas monde.

BREF. J’ai beaucoup de mal à comprendre comment la société en est venue à se mêler à ce point d’une chose qui ne la regarde pas, mais alors pas du tout. Car on parle bien ici d’une décision qui concerne avant tout les femmes -et leurs utérus : choisir d’y faire grandir un petit être pendant 9 mois -plus ou moins joyeux et faciles- puis de le faire naître -plus ou moins douloureusement- le nourrir, le changer, l’endormir, le consoler, subir ses pleurs, accepter de dormir par tranches de 3 heures pendant plusieurs mois voire plusieurs années, s’inquiéter, l’aimer, le connaître, se connaître, l’éduquer, être souple, ni trop ni trop peu ni pas assez, avoir beaucoup moins de temps pour soi, mettre son couple à l'épreuve, trouver un mode de garde, l’accompagner lors de tous ses déplacements pendant de nombreuses années, l’aider pour ses devoirs, jouer à des trucs -plus ou moins épanouissants-, s’embêter ferme au parc le dimanche aprèm, penser aux rendez-vous chez le pédiatre / dentiste / orthophoniste / psychologue / psychomotricien, l’encadrer sans l’étouffer, s’inquiéter (encore), s’occuper de ses poux ou de sa gastro et tutti quanti : croyez-moi, c’est tout de même un sacré engagement -et un numéro d'équilibriste de haut vol. 

S’inquiète-t-on autant de ce que font les hommes avec leurs spermatozoïdes ? Non. Alors laissons donc les ovaires des femmes en faire ce qu’elles en veulent.

Marion Cousin