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Asexuelle, j’ai eu un enfant toute seule

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Publié lundi dernier à 16h45 
(mis à jour mercredi dernier à 11h48)

Aline, asexuelle et aromantique, revient pour LMDM sur son parcours et sur son désir d'enfant.

Aujourd’hui dans le monde, 1% de la population se considère comme asexuelle. Cela signifie que ces personnes ne ressentent pas ou très peu de désir sexuel. Et parmi ces personnes, 26 % sont aussi aromantiques : elles n’éprouvent pas de sentiment amoureux. C’est le cas d’Aline, qui revient sur la longue acceptation de son asexualité.

Une jeunesse en décalage

Que ce soit au collège ou au lycée, Aline s’est vite aperçue qu’elle était en décalage par rapport à ses amis. Ses copines parlaient beaucoup des garçons, tombaient amoureuses, tandis qu’elle restait dans l’incompréhension :

« Je voyais que les autres ressentaient des choses, parlaient de bisous, de garçons et de filles. Je n’étais pas inquiète car j’avais d’autres copines qui ne s’intéressaient pas trop à ça. Et puis j’ai fini par jouer le jeu pour rentrer dans le moule, faire comme tout le monde : je disais que je voulais avoir un amoureux ou que le Prince Harry était très beau, etc. »

Au lycée, Aline se rend compte que sa différence avec les autres se creuse :

« Au lycée les choses changent, car tout le monde s’intéresse à l’amour, au sexe, tout le monde a des expériences, est en couple, en parle. J’ai commencé à me dire que j’étais différente. J’avais des copines qui n’avaient pas de petits copains, mais elles s’intéressaient. J’ai essayé d’expérimenter pour faire comme tout le monde. J’ai embrassé un garçon un jour, j’ai trouvé ça dégoûtant ! J’ai eu une histoire de 3 jours avec un autre garçon mais je ne savais pas quoi faire de mon corps. »

Les débuts dans la vie d’adulte

Le bac en poche, Aline entre en classe préparatoire et se concentre sur ses études. Finalement, le sujet de sa sexualité s’impose à elle lors de son cursus en école de commerce, où la pression est telle qu’Aline se fixe comme objectif de perdre sa virginité :

« Il y avait à la fois l’envie de découvrir ce que tout le monde me vantait comme quelque chose d’incroyable. La peur aussi de passer cette date après laquelle je serai « trop incompétente » et que personne ne voudrait de moi. J’ai fini par sauter le pas et j’ai eu de la chance car ma première fois s’est super bien passée, même si je n’ai pas ressenti spécialement de plaisir. »

La découverte de l’asexualité et le désir d’enfant

À son retour en France, Aline découvre ce qu’est l’asexualité mais prend peur et craint de finir sa vie seule. Elle met de côté ces informations et décide de poursuivre sa vie de jeune femme. Ce n’est qu’après une énième rupture et une psychanalyse qu’Aline assume son asexualité et découvre aussi qu’elle est aromantique. Plus confiante, elle réalise qu’elle est plus heureuse célibataire, qu’elle n’est pas seule et décide de se concentrer sur son désir d’enfant. Grâce à un gynécologue français, elle entame un parcours de PMA en solo avec un don de sperme issu d’une banque danoise :

« Je pense qu’inconsciemment je sais depuis que je suis enfant que je vais avoir un enfant seule. Au lycée, je m’imaginais les façons dont je pouvais avoir un enfant toute seule. Faire les choses seule, c’est ma normalité. Finalement, pour moi c’était assez normal de vivre tout ça toute seule et je suis très contente de le faire comme ça. »

Aline a écrit le podcast « Free from desire – comment l’asexualité m’a libérée » où elle raconte le long chemin qu’elle a parcouru.

La rédaction de La Maison des Maternelles