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Parole d'expert

Allaiter longtemps : et alors ?

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Publié le 16.09.2020 à 16h54 
(mis à jour le 17.09.2020 à 16h53)

Arnault Pfersdorff, pédiatre, condamne la stigmatisation des mères qui décident de poursuivre l’allaitement et pense qu’il faut les aider à poursuivre, aussi longtemps qu’elles le souhaitent.

En France, 2 nouveaux-nés sur 3 sont allaités à la naissance. La pratique de l’allaitement est donc assez répandue. Mais plus les semaines passent et plus les mamans abandonnent le sein. Des choix qui s’expliquent souvent pour des raisons pratiques : fin du congé maternité, reprise du travail, début de la crèche… 

Pourtant certaines femmes vont poursuivre l’allaitement. Ainsi, selon une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation des statistiques (Drees), à 6 mois 18 % des nourrissons sont allaités au sein. Pour le pédiatre Arnault Pfersdorff, il y a un problème global de stigmatisation de la femme qui allaite après un certain temps en France : 

« Tout d’abord ce n’est pas pour stigmatiser ceux qui n’allaitent pas. Ce n’est pas du tout le sujet. Mais il est vrai qu’allaiter le plus longtemps possible, c’est top ! Mais tout n’est pas mis en place pour pouvoir allaiter partout. Dans les lieux publics, parfois il y a des réactions, des gens que cela choque. Alors qu’une femme doit pouvoir allaiter quelque soit l’endroit où elle se trouve. Elle doit pouvoir, sans être stigmatisée. »

Le professionnel de santé juge que l’entourage de la jeune mère peut être un moteur de culpabilité : 

« Dans la durée, il est vrai qu’un allaitement naturel, à 8 mois, 1 an, 1 an et demi, 2 ans… Cela n’est pas une contrainte mais peut en devenir une. Il y a des mamans qui peuvent le vivre de cette façon là. Elles vont être montrée du doigt. Il peut y avoir quelqu’un de la famille qui va dire : "Écoute tu en fais trop !". Et c’est ce regard de l’autre qui va peser sur la mère. Il va la culpabiliser. »

Et le co-parent a un rôle clé à jouer dans l’allaitement, comme le rappelle Arnault Pfersdorff : 

« Le rôle du conjoint est important. Ca peut être le coparent qui veut "récupérer" sa femme par exemple. Et ce sont ce genre de comportement qui vont faire que certaines femmes qui allaitent vont culpabiliser.

Nous sommes confrontés à cela au quotidien en tant que pédiatres. Parce qu’à 9 mois ou 10 mois, les femmes qui allaitent ne voient plus leur sage-femme, elles se confient donc au pédiatre. Par exemple un enfant qui est encore allaité à 8 mois et qui dort dans la chambre des parents : cela arrive ! Et il ne faut pas stigmatiser. Pour encourager l’enfant à dormir dans sa chambre il faut expliquer aux parents comment faire et les aider. Sauf que, quand il dormait dans la chambre des parents, ça sentait le lait. Donc il va falloir que toute la famille participe. On voit alors les 2 parents et on leur conseille de se relayer pour accompagner l’enfant. »

Et si l’expert a un conseil c’est de persévérer :

«Je crois que le message, que nous pédiatres, on aime bien faire passer, c’est qu’il faut assumer son allaitement. Il faut vraiment aller jusqu’au bout. Si vous voulez faire un sevrage naturel, prenez votre temps ! Tout est fait pour vous accompagner. Si votre enfant doit aller à la crèche, sachez qu’il y a des moyens pour continuer l’allaitement : si votre travail est à côté vous venez directement à la crèche, ou vous tirez votre lait que vous donnez à votre enfant par l’intermédiaire d’un biberon. »

La rédaction de La Maison des Maternelles

Expert

Arnault Pfersdorff

Pédiatre

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