france.tv

Alcool : comment protéger nos ados ?

4 min de lecture
Publié le 17.01.2022 à 15h21 
(mis à jour le 17.01.2022 à 16h14)

Dr William Lowenstein, psychiatre,spécialiste des addictions, répond à nos questions. 

LMDM - À quel âge faut-il commencer à aborder le sujet avec son enfant et de quelle manière ? 

Dr William Lowenstein : Comme pour les principaux risques : plus tôt on le fait, mieux c’est. Tant que les enfants, tout mignons, rêvent encore d’être adultes et pensent que les adultes sont vraiment des gens bien, sérieux, il faut leur donner des messages ! Tant qu’ils nous écoutent ! La ceinture de sécurité, se brosser correctement les dents... En France le problème c’est qu’on continue de penser que l’alcool n’est pas une drogue alors que cela tue 41 000 personnes par an, qu’il y a 3 à 4 millions de français qui ont des troubles de l’usage de l’alcool. Mais plus tôt on en parle, mieux c’est. Comment on va en parler ? C’est intéressant. On a une difficulté à parler de l’alcool en France autrement que comme un trésor culturel, de la convivialité… Il faut trouver l’angle pour expliquer aux enfants que c’est génial d’être bon vivant, mais que pour être un bon vivant, mieux vaut être vivant !

Que faire en cas de coma éthylique ? 

[NDLR : Le coma éthylique est un coma qui survient lorsqu'une quantité importante d'alcool est consommée dans un laps de temps assez court. Il peut mettre en jeu le pronostic vital.]

Tout d’abord, on regrette que ce mot soit aussi « précieux » : parlons d’overdose d’alcool, c’est de ça dont il s’agit. Ça peut tuer, ça peut handicaper : quand on vomit dans ses bronches, on va en réanimation et l’on n’est pas certain de s’en sortir. Il y a 3 choses à faire : 

  • Mettre la personne en position latérale de sécurité pour qu’elle ne vomisse pas dans ses bronches.
  • Appeler les pompiers ou le Samu.
  • Appeler les parents ou un adulte de confiance.

Petit conseil aux parents voire aux grands-parents : quand il y a des sorties, toujours dire aux enfants « Ne fais pas ceci ou cela mais au cas où il se passe quelque chose, tu peux m’appeler à 3h du matin, je te gronderai surement, mais ce n’est pas le principal ! » C’est fondamental.

Quand faut-il s’inquiéter de la consommation d’alcool de mon ado ? Et au bout de combien de temps parle-t-on de dépendance ? 

Très longtemps, on a fait le « feuilleton des addictions » avec 3 épisodes : à l’addiction. L’usage : on découvre, on a des fonctions positives, sans effet nocif, l’abus :  là, on commence à être dans les soucis- et dépendance. Mais on s’est rendus compte aussi que l’abus pouvait tuer très sérieusement. Ce qu’on appelle les alcoolisations excessives ponctuelles. Quelqu’un qui prend sa voiture dans l’état qu’a rencontré Enzo, avec 4 de ses copains : ça va faire 5 morts. Donc ça va tuer autant que l’alcoolodépendance, qui je le rappelle entraîne 41 000 par an. Nos 2 drogues légales en France -tabac et alcool- tuent autant que le Covid a tué depuis le début en France, sauf que c’est chaque année ! Il y a les violences que cela entraîne : dans la famille, conjugales, sur les enfants, dans la rue, après un match… Il y a beaucoup de méfaits de l’alcool. Sur la consommation d’alcool donc, attention aux abus : il y a autre chose que la dépendance. On n’est plus dans cette image à l’ancienne de la personne qui tremble au comptoir… L’abus peut tuer autant que la dépendance. Donc on s’inquiète si on s’aperçoit qu’il y a eu du binge drinking [Le binge drinking, beuverie express ou hyperalcoolisation rapide, est un mode de consommation excessif de boissons alcoolisées sur une courte période de temps, par épisodes ponctuels ou répétés, NDRL] , des pertes de contrôle dans la consommation d’alcool. La dépendance, c’est quand vouloir n’est plus pouvoir : la personne veut arrêter mais ne peut plus. Le cerveau est déconnecté dans sa volonté. Savoir n’aide pas plus à pouvoir. Savoir que ça peut être catastrophique pour son couple, sa famille, son travail, sa santé, n’aide pas plus à pouvoir changer son comportement. Ça, ce sont les définitions, avec la perte de contrôle, les plus simples de la dépendance. Si l’on observe des changements d’humeur, troubles du sommeil, des changements de la relation aux autres : il faut s’alerter. Il y a des médecins généralistes qui sont formés à l’addictologie, et des addictologues et il y a des consultations jeune consommateur dans chaque région. Sortons du tabou : ça tue suffisamment de gens, ça pourrit suffisamment de familles, pour qu’on ait le droit de s’en occuper.

La rédaction de La Maison des Maternelles