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Agressions sexuelles : comment protéger nos enfants ?

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Publié le 03.02.2022 à 12h13 
(mis à jour le 03.02.2022 à 14h16)

Yvonne Poncet-Bonissol, psychologue clinicienne, répond à nos questions. 

 

LMDM - Un enfant ou adolescent victime d’agression sexuelle garde souvent le secret. Quels sont les signes à repérer, à quoi un parent doit être attentif ? 

Yvonne Poncet-Bonissol : Dès lors qu’il y a agression sexuelle chez un enfant ou adolescent, il y a une tendance au secret, par honte ou par culpabilité. Les signes qui peuvent alerter, c’est un comportement qui change d’un seul coup : l’enfant devient plus colérique, il régresse. La régression peut avoir plusieurs visages : il désinvestit l’école, il n’a plus de mémoire, il ne veut plus faire ses devoirs, ou au contraire il surinvestit car l’école peut aussi être un refuge. Donc, il y a le silence, la régression, des colères, des cauchemars, des jeux inappropriés des filles avec les poupées ou des garçons qui vont tout détruire. Il y a un faisceau d’indices, mais l’indice majeur c’est une rupture dans un comportement du quotidien.

Comment ces prédateurs tissent leur toile ? Quels mécanismes mettent-ils en place pour endormir la vigilance des parents ? 

Ces prédateurs ont des structures très perverses, qui ont un double discours, et un comportement paradoxal. Ils attirent leur victime avec une force de séduction exceptionnelle, ce sont des êtres dans un premier temps très empathiques, ils répondent à vos désirs, et vous amènent progressivement sur leur terrain, en faisant en sorte d’annuler tout ce qu’il y a autour. On l’a vu dans l’histoire de Sarah, les parents, tout l’entourage immédiat et affectif, est valorisé : on les rassure, on est sympa avec eux, etc. Il y a une forme de séduction massive du prédateur.

Les victimes d’abus sexuels parlent souvent d’amnésie traumatique. Comment peut-on oublier ? 

C’est un mécanisme de protection, parce que lors de l’agression sexuelle, il y a une forme de dissociation, on ne sent plus son corps, c’est comme si le cerveau se mettait en « mode off » et il n’y a plus de recours aux émotions, la mémoire s’enfouit. Ça renforce l’idée du secret. Le « retour de bâton » peut arriver des années plus tard, dès lors qu’il y a un évènement particulièrement fort -une naissance, une rencontre, un accident, une odeur qui nous rappelle quelque chose, des flashs… Là, la mémoire est terrifiante. Il faut faire des séances d’EMDR. (EMDR signifie « Eye Movement Desentitization and Reprocessing » en français « Désensibilisation et Retraitement par les Mouvements Oculaires » : cette technique est efficace dans le traitement du syndrome de stress post-traumatique et des phobies et aurait la faculté de recoder les images, les perceptions et les souvenirs codés négativement dans le cerveau émotionnel, NDLR).

Lorsqu’on a été soi-même victime et que l’on devient parent, comment ne pas devenir parano ? 

On n’est pas obligatoirement paranoïaque, mais on a peur. Dans toute forme d’agression, il y a une mise en place d’une phobie. On rassure, on lui explique que son corps lui appartient, etc. On est dans une forme d’hyper vigilance, on contrôle tout. Je pense qu’il faut faire attention à ne pas être trop possessif avec l’enfant, trop intrusif, en lui posant trop de questions, car en lui posant trop de questions sur ce qu’il a fait etc., pour avoir des indices, finalement, ça le fragilise encore plus.

La rédaction de La Maison des Maternelles