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AESH : une profession en détresse

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Publié le 01.12.2020 à 14h18 
(mis à jour le 01.12.2020 à 19h08)

Précarité, manque de reconnaissance, de statut : la situation des AESH en France est alarmante, alors même que ce personnel est essentiel à l’inclusion scolaire des enfants handicapés.

Ils sont nombreux à avoir répondu à l’appel à témoin lancé par LMDM : les AESH, Accompagnants d’Élèves en Situation de Handicap, veulent s’exprimer. Et pour cause, ils ont des choses à dire. Sur leurs conditions de travail, le manque de reconnaissance. Sur le besoin d’avoir un statut défini au sein de l’Éducation nationale, ou d’être mieux formés. Mais aussi, sur l’urgence d’être mieux rémunérés. 

Malgré les promesses du gouvernement de faire de l'école inclusive "une priorité", les AESH, acteurs pourtant essentiels au bon fonctionnement de cette école inclusive, ne sont pas reconnus à leur juste valeur par le ministère de l’Éducation nationale, malgré une mobilisation forte du personnel, et alors que la France est déjà à la traine sur cette question.

Une profession sans statut

Les AESH sont des agents contractuels, recrutés en CDD de 3 ans, renouvelable 1 fois. Lysiane est AESH depuis 8 ans, elle explique :

« Le gros souci pour les AESH c’est le manque de statut, qui n’existe pas au sein de l’Éducation nationale. Nous ne sommes pas reconnus, alors que nous faisons partie de la fonction publique. Les augmentations de salaire par exemple, liées à l’ancienneté, ne sont quasiment pas appliquées. C’est notre principale revendication : la création d’un vrai statut. »

Sébastien, AESH depuis 2 ans, pense que « dès que le statut de fonctionnaire et la sécurité de l’emploi seront effectifs, beaucoup de choses changeront pour nous. » 

Des travailleurs pauvres

Le jeune homme souffre aujourd’hui d’être « très précarisé » : un sentiment que tous les AESH que nous avons pu rencontrer expriment. Et pour cause : le salaire moyen d’une AESH est de 760€ par mois. Un salaire qui les oblige souvent à cumuler plusieurs emplois, comme c’est le cas pour Sébastien mais aussi pour d'autres, comme l'explique Lysiane :

« Les AESH comptent parmi les salaires les plus bas de la fonction publique. La plupart des AESH doivent cumuler plusieurs boulots, pour s’en sortir et gagner 1000€ par mois. Certains n’ont même pas les vacances scolaires, car ils utilisent ce temps pour compléter avec d’autres boulots pour essayer de s’en sortir, payer les factures. »

Anne est AESH depuis 12 ans. Pour elle aussi, la précarité qui « l’isole socialement des autres » et fragilise la profession, est aussi difficile à vivre qu’injuste. Très impliquée dans la lutte pour une meilleure reconnaissance du métier, elle alerte :

« Il faut que vous sachiez qu’aujourd’hui il y a des AESH qui perdent leur logement. Des mères de famille, qui se retrouvent à devoir retourner vivre chez leurs parents, chez des amis… Même si nous essayons, quand nous arrivons au travail, de laisser tous nos soucis de côté, c’est compliqué quand vous vivez avec l’angoisse de pouvoir garder votre logement, de pouvoir payer les factures, d’espérer que la voiture ne tombe pas en panne… Ça a commencé il y a 3 ans, et la situation s'est aggravée l'an dernier. Je n’ai jamais vu autant de souffrance, sociale, économique, de collègues. »

« On aime notre travail ! »

Et pourtant, malgré toutes les difficultés, il ressort toujours de ces entretiens avec les AESH un vrai amour pour leur profession. Pour Anne, qui la décrit comme « une toile délicate à tisser, dans le plus grand respect, avec attention et délicatesse », ou pour Sébastien, qui « en parle souvent avec beaucoup d’émotion ». Ils savent que leur rôle est essentiel pour les enfants qu’ils accompagnent, comme le raconte Natacha, AESH depuis 3 ans : 

« Je pense que là-haut  [au ministère de l’Éducation nationale, NDLR] ils ne ne rendent pas compte à quel point on est essentiels. Il y a plein d’élèves en difficulté qui ne pourraient pas suivre si on n’était pas là. Parce que le prof il a déjà 30 élèves à gérer, donc il ne peut pas répondre aux besoins spécifiques d’un élève qui a un handicap .»

Leur combat est d’autant plus déterminé que c’est aussi une lutte qu’ils mènent pour les enfants porteurs de handicap et leurs familles, comme explique Lysiane :

« Ça fait 10 ans que je suis dans la lutte. Je ne lâcherai pas. Il y a du monde derrière moi. Nous voulons une reconnaissance : elle est méritée et essentielle. Cette lutte, nous la menons aussi pour les enfants en situation de handicap, et par respect pour les familles. Il faut absolument que les choses changent ! »

Marion Cousin