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Adoption : une pédopsychiatre vous répond

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Publié le 06.01.2022 à 10h30 
(mis à jour vendredi dernier à 09h49)

Dr Marie-Odile Perouse de Montclos, pédopsychiatre, ancienne chef du service de psychologie et psychiatrie de l’enfant et adolescent à l’hôpital Sainte Anne à Paris et auteure de « Adoption internationale : de la rencontre à la filiation », répond à nos questions.

LMDM - Quelles sont les bonnes questions à se poser avant d’accueillir un enfant dit à « besoins spécifiques » ?

Dr Marie-Odile Perouse de Montclos : Le cas de Clotilde est un cas un peu exceptionnel. La plupart des parents que nous rencontrons en général n’ont pas eu d’enfant biologique, leur accès à la parentalité est long et complexe. La préparation à la parentalité adoptive demande un long cheminement, faire le deuil d’autres types de parentalité, en particulier biologique, souvent après un parcours de PMA qui peut être assez traumatique. Il faut accepter d’avoir un enfant qui n’est pas de soi. Actuellement, on a beaucoup d’enfants qui sont dits « à besoins spécifiques » et qui ne sont pas des bébés au moment de l’adoption. Ça demande d’accepter un bébé qui a déjà une histoire, qui en général n’est pas simple, qui est souvent traumatique, au niveau psychologique mais parfois aussi au niveau physique. Donc ça demande une véritable préparation personnelle. J’ai beaucoup milité auprès du ministère pour qu’il y ait des groupes de préparation à la parentalité adoptive. Entre les fédérations de parents adoptifs qui font des conférences, donnent des informations tout à fait intéressantes, et la préparation individuelle, il y a aussi cette étape intermédiaire intéressante qu’on a mis en place depuis quelques années : ce sont des groupes de préparation avec plusieurs futurs parents qui peuvent échanger, qui sont dans une dynamique de groupe et reconnaissance réciproque, qui se confrontent à ce qu’est la réalité de la parentalité adoptive qui est assez différente de la réalité biologique, même si ça interroge les mêmes étapes du développement de l’enfant.

J’ai adopté un premier enfant il y a 8 ans, je renouvelle aujourd’hui la procédure pour l’adoption d’un second enfant. Ce nouveau projet soulève beaucoup de question pour l’aîné, sur sa propre histoire mais également sur l’histoire de ce futur enfant qui devrait arriver bientôt. Comment le rassurer, répondre au mieux à ses interrogations ?

La première chose, c’est qu’un enfant doit être informé de son adoption, de son histoire, du parcours que ses parents ont fait. L’arrivée d’un nouvel enfant -tout comme celle d’un enfant biologique- vient questionner comment lui est venu au monde, quelles ont été les différentes étapes. Pour le rassurer, expliquez simplement, soyez toujours dans la clarté, la transparence, en s’adaptant à l’âge de l’enfant. Plus les choses sont simplement et clairement expliquées, dans la vérité, plus l’enfant l’accepte, plus cela est intégré.

J’ai adopté une petite fille. Quand elle fait des bêtises et que je dois la gronder, je culpabilise, comme si je n’avais pas de légitimité. 

La question de légitimité est très classique, elle est à travailler dans la parentalité adoptive, tout simplement car certains parents se sentent « en dette » par rapport aux parents biologiques, à l’histoire de l’enfant. C’est vraiment un des objets de la préparation à l’adoption. Un parent qui aime son enfant l’éduque, lui met un cadre, et doit à un certain moment lui poser des interdits, ça fait tout à fait partie du rôle de parent.

La rédaction de La Maison des Maternelles