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Adoption : le parcours d'une maman

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Publié le 25.06.2020 à 17h34 
(mis à jour le 03.07.2020 à 11h38)

Adopter un enfant, c’est un casse-tête administratif, des délais interminables et des montagnes russes émotionnelles. Estelle a adopté son fils, Estban, à l’âge de 7 mois en Colombie. Un long parcours avant d’être mère, qu’elle a décidé de partager avec La Maison des Maternelles. 

LMDM - En 2007, après 4 ans de tentative pour avoir un enfant dont 3 ans de parcours PMA, vous entamez les démarches pour l’adoption. Ça a été une décision difficile à prendre ?

Estelle- J’avais un manque viscéral d’enfant. C’était une perte de sens de ne pas avoir de descendance et un vide dans tout ce que je vivais. On avait moins de 30 ans et tous nos copains commençaient à avoir des enfants, c’était très dur… Donc la décision d’adopter en elle-même a été facile à prendre. On ne se voyait pas forcer un destin qui n’arrivait pas malgré la PMA. On préférait offrir la parentalité à un enfant qui en avait besoin… Ce qui a été difficile, c’est plutôt la gestion du stress. On devait passer des évaluations avec des psychologues et des assistantes sociales. On avait un tel sentiment d’échec de ne pas réussir à avoir d’enfant que c’était difficile de savoir si on allait y arriver. Heureusement, on a pu en parler avec nos amis. Ça nous a permis d’être compris et très bien entourés. Ils ont vécu avec nous toutes ces étapes.

Finalement, au bout de 9 mois, vous obtenez l’agrément. 9 mois, c’est long, c’est aussi tout un symbole…

Oui c’est long, le temps d’une grossesse effectivement ce n’est pas anodin. Cela nous permet de préciser notre projet et d’évoluer vers la parentalité parce qu’on ne se l’est pas autorisé jusque-là. 

Durant ces évaluations, il faut pouvoir raconter toute sa vie, tout est vraiment passé au crible. En fait, on doit expliquer nos besoins pour cet enfant, mais aussi nos forces et nos failles. Ces failles sont très importantes, on ne cherche pas à savoir si les adoptants ont un parcours de vie idéal mais s’ils sont au clair avec les difficultés qu’ils ont traversées dans la vie.

Vous avez choisi de postuler en Colombie. Pourquoi ?

On voulait une adoption plénière et non pas une adoption simple, dans laquelle un lien perdure avec les parents biologiques. C’est l’agence française d’adoption qui nous a conseillé compte tenu de notre dossier, de notre âge et des délais d’attente.

C’est après l’agrément qu’a commencé le véritable parcours du combattant ? 

On avait 22 documents à fournir avec des délais de validité différents, il fallait légaliser des signatures en mairie et les apostiller au tribunal. Il fallait des certificats médicaux, des extraits de casier judiciaire, actes de naissance, de mariage, des lettres de recommandation de nos proches. Nous avons eu une complexité en plus, c’est que lors d’un rendez-vous avec l’aide sociale à l’enfance, nous avons appris que la Colombie changeait ses conditions d’acceptation pour l’adoption. Ils ont décidé de réserver l’adoption à l’International pour des enfants grands ou à particularité, c’est-à-dire qui ont un vécu lourd ou une pathologie. Il nous restait 10 jours pour faire valider tout notre projet d’enfant de 0-3 ans en bonne santé. 

S’en suit une longue attente avant d’avoir un enfant, comment avez-vous fait pour tenir ?

On ne sait pas si ça va aboutir, si cela prendra 1 mois, un an, 5 ans, ou plus. On s’est fixé des projets à plus ou moins long terme pour continuer à vivre. On s’est dit qu’on voulait vivre tous nos rêves pour compenser la douleur. C’est une épreuve personnelle et aussi de couple car chacun porte cette culpabilité : « si il/elle n’était pas avec moi, il/elle aurait déjà sans doute un enfant… ».

Deux ans plus tard, vous recevez enfin un coup de fil vous annonçant que vous avez un enfant, vous foncez en Colombie et vous rencontrez enfin votre fils, racontez-nous. 

Nous sommes arrivés un dimanche en Colombie et avons rencontré Esteban le lendemain. Nous avons visité l’orphelinat et on nous a présenté son dossier, ses besoins physiologiques, son niveau de développement. Les responsables nous l’ont ensuite confié, on me l’a mis dans les bras et laissé dans l’intimité. Il était serein et nous regardait. On avait un sourire immense et on pleurait beaucoup d’être enfin réunis. On a eu 2-3h pour faire connaissance et le soir, nous sommes repartis avec lui en taxi jusqu’à l’auberge pour commencer notre nouvelle vie. Ce sont surtout les premiers moments d’intimité qui m’ont marquée le premier soir. 

Qu’est-ce qui vous a aidé à créer ce lien avec votre bébé ?

En fait, les 2 premières sphères capitales pour créer un attachement sont d’abord le sensoriel (câlins, peau à peau…) puis les soins vitaux (biberon, couches, bain…). L’AFA (association française de l’adoption) nous a conseillé de mettre en place la théorie de l’attachement en s’inspirant des travaux de Johanne Lemieux, psychologue spécialisée en théorie de l’attachement et en adoption. A savoir que nous, ses parents, étions les 2 seuls à pouvoir lui prodiguer les soins et les câlins durant les premiers mois. C’était en effet nécessaire pour s’approprier son bébé et qu’il comprenne le lien unique qui nous unit à lui. Et comme je sentais que l’étape sensorielle nous avait manqué, j’ai fait du peau à peau avec Esteban, cela a été extrêmement précieux pour nous, de vrais moments de bonheur. 

Et aujourd’hui, comment ça va ?

Aujourd’hui, Esteban a 4 ans. C’est un petit garçon qui va bien, il est en bonne santé, très joyeux et affectueux envers nous et à la fois très sociable. Nous sommes très fusionnels tous les 3 et nous avons bien pris nos marques. Il commence à parler de son histoire, ce n’est pas toujours évident de mettre des mots, d’être au plus juste mais plus je le fais, plus je le vois s’apaiser. Nous avons entamé une nouvelle procédure d’adoption pour agrandir la famille. 

La rédaction de La Maison des Maternelles