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Adoption : Alice, la cicatrice de l’abandon

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Publié le 22.04.2021 à 17h24 
(mis à jour le 23.04.2021 à 14h40)

Alice est née en Inde et a été adoptée à l’âge d’un an. Si la jeune femme est aujourd’hui une maman comblée, son parcours pour accepter son histoire a été long et compliqué.

Alice a 28 ans. Dans sa maison en Touraine, elle se plonge dans les souvenirs de son passé. Elle feuillete de vieux albums photos dans lesquels on voit une jeune femme vêtue d’une robe colorée, souriante et heureuse, qui tient dans ses bras un nourrisson vêtu de blanc. Ce nourrisson, c’est Alice. Ces clichés ont été pris en Inde, à Bombay, en 1992 :

« J’ai été abandonnée à la naissance et j’ai été adoptée à l’âge d’un an. Mes parents sont venus le 4 décembre 1992 en Inde, à Bombay, directement à l’orphelinat. »

Quand elle arrive en France la petite Alice grandit dans un foyer heureux : 

« J’ai eu une enfance heureuse et choyée. Honnêtement j’ai été très gâtée, très pouponnée aussi parce très attendue j’imagine. »

L'adolescence et la recherche des origines

C’est en grandissant que l’adolescente commence à se poser des questions sur ses origines et sur son histoire :

« À l’adolescence les questionnements sur mes origines se sont accentués et là je ne l’ai pas bien vécu. J’étais en colère, j’étais triste et en même temps je me posais plein de questions : pourquoi étais-je introvertie et je n’avais pas de facilité à aller vers les autres, à m’adapter socialement ? »

La période est compliquée à la fois pour Alice mais aussi pour ses parents :

« J’ai eu des idées noires mais je ne l’ai pas dit tout de suite. Donc parfois j’étais méchante ou agressive. Mon comportement était un peu indescriptible et l’écriture m’a beaucoup aidé à évacuer, à exprimer, à extérioriser. Ça a été un réel exutoire qui m’a permis d’avancer.

J’avais la trouille d’être toute seule. J’avais peur d’être abandonnée à nouveau. Ça fait partie des manquements et des carences affectives qui se sont peut-être creusés à ce moment-là. À un moment clé de la vie, où en tant que parent on peine à déceler le mal-être de son enfant, surtout à l’adolescence. »

La maternité qui apaise

Avec le temps et l’écriture la jeune femme arrive à cicatriser. Elle écrit un livre : De l’abandon à l’adoption aux éditions Les Auteurs libres, qui lui permet de faire la paix avec son passé :

« Je ne comprenais pas comment l’on pouvait être ami avec moi. Pour le coup je rejetais la faute sur mon histoire d’adoption parce qu’à l’époque je ne distinguais pas "adoption" et "abandon". En fait l’adoption c’est quelque chose d’heureux et l’abandon c’est quelque chose de triste mais c’est indépendant de mes parents. Ce n’est pas de leur faute si j’ai été abandonnée. Quand j’ai compris cela, ça a tout éclairé. Ça m’a permis, moi-même, de me réconcilier avec certaines choses. »

Aujourd’hui Alice est maman d’un petit garçon. Sa grossesse l’a également aidé à se construire et a pu aussi combler un manque, comme elle nous le confie :

« La grossesse m’a fait me poser des questions sur quelle maman je veux être en me disant que mon enfant aura sa vie indépendamment de mon passé. Ce que la maternité a changé par rapport à mon histoire d’adoption et d’abandon, c’est le fait que ça m’a permis de me réconcilier avec mon histoire. Maintenant le lien de sang s’établit d’une autre manière avec mon fils. Ça a comblé un manque. C’est vraiment la volonté d’accepter ce qui est passé et d’avancer. C’est ça qui me permet de me dire que ces douleurs appartiennent au passé. »

La rédaction de La Maison des Maternelles