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Ado, j’ai été victime de revenge porn

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Publié le 14.12.2021 à 14h11 
(mis à jour le 15.12.2021 à 12h49)

Alors qu’elle avait 14 ans, Aliya rencontre un jeune homme sur internet dont elle tombe amoureuse. Mais l’histoire va rapidement se transformer en chantage sexuel.

Une rencontre via internet

Adolescente, Aliya est une jeune fille discrète, qui souffre des moqueries des autres élèves et manque de confiance en elle :

« Au collège, je ne me faisais pas remarquer. On se moquait souvent de moi, depuis mon entrée à l’école. J’étais très renfermée. » 

C’est sur internet que la jeune fille va alors trouver du réconfort et une forme d’épanouissement via un jeu en ligne. Par un tchat, elle rencontre un garçon qui se présente au départ comme l’homme idéal :

« Il était très attendrissant, attentionné. Il m’apportait ce que je n’avais pas. Il me faisait sentir que j’étais belle, que j’avais le droit de vivre sereinement.  Il m’envoyait des poèmes, des choses simples, de l’amour. »

Très vite, le jeune homme lui propose d’être en couple. La jeune femme n’ayant jamais connu d’amour réciproque, elle est heureuse.

Le début des violences

Mais le comportement du jeune homme va rapidement changer. Il exige d’Aliya des photos et vidéo d'elle dévoilant son intimité :

« Un jour il m’a dit qu’il avait besoin d’une preuve d’amour. Il m’a dit de m’envoyer une photo de mes seins, que ce n’était rien. Pour le garder, c’était la condition. »

L’homme fait croire à la jeune fille que ses demandes sont normales, et fait fie de son consentement :

« Il me demandait des choses de plus en plus sordides, des vidéos, dans lesquelles je me masturbais, je faisais semblant de jouir. Il me demandait de me mettre des objets. C’était des ordres à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Parfois, je mettais mon réveil en pleine nuit. Mes parents ne soupçonnaient rien. »

La menace du revenge porn

Un jour, l’homme va aller encore plus loin dans les violences. Il envoie un message à Aliya et la menace :

« Il m’a dit que j’étais l’esclave sexuelle dont il rêvait, qu’il avait bien joué avec moi, que j’étais la marionnette idéale. Il fallait que je continue à faire des photos et vidéos sinon il diffuserait tout ce qu’il avait. Je pensais qu’il n’avait pas fait de captures d’écrans mais en fait si : il m’a envoyé toutes les vidéos et photos que j’avais faites. Je recevais un message toutes les 10 minutes. Je n’étais plus maître de moi-même, c’était dans ses mains à lui. »

La jeune fille se scarifie les cuisses, les poignets. Parler est impossible pour elle a ce moment-là, elle ressent une honte énorme et a peur, elle craint que ses parents la rejettent. Elle cède alors au chantage pendant quelques jours. Mais l’homme va tout de même diffuser les contenus au sein du collège d’Aliya :

« Lorsque je suis arrivée au collège quelques jours plus tard, il avait tout diffusé, malgré le fait que j’avais répondu à ses actes. Les gens se sont bien marrés… On me disait : « Aliya, elle a la chatte poilue » Des amies m’ont dit que j’étais en danger. J’étais la pute du collège : c’est ce qu’on me faisait comprendre. »

Aliya est victime de revenge porn. Le revenge porn, ou pornodivulgation consiste à partager publiquement illégalement des vidéos et photos sexuellement explicites sans le consentement de la personne. La jeune fille continue de se scarifier, comme un appel au secours. Le collège entier est au courant, et l’affaire finit par revenir aux oreilles du directeur, qui convoque Aliya et prévient ses parents. Sa mère l’emmène alors porter plainte :

« Mon père ne comprenait pas pourquoi j’avais fait ça : quelque part, j’avais envoyé les photos donc j’étais coupable. Mais ma mère a bien vu qu’elle avait failli me perdre. »

Pourtant, les victimes de revenge porn ne devraient jamais être culpabilisées : c'est bien la personne qui divulgue le contenu sans leur consentement qui est coupable.

Une difficile reconstruction

La jeune fille passe par une période très sombre. Au collège puis au lycée, elle est harcelée. C’est finalement en classe de terminal qu’elle réussira à reprendre le dessus :

« Je me demande parfois comment je suis encore là aujourd’hui. J’étais rendue tellement loin dans la douleur, que je me disais que ce n’était plus possible de vivre. À un moment, je me suis mise à écrire. J’ai sorti la tête de l’eau en terminal. »

Aujourd’hui, Aliya est une jeune femme épanouie, étudiante en psychologie à Nantes. En compagnie d’une sexologue, elle intervient dans les collèges et lycées, auprès de jeunes, pour témoigner de son histoire et les sensibiliser à ces questions. Elle a également écrit un livre « Juste une histoire de nudes » aux éditions du Raton Laveur où elle raconte son vécu.

Pour rappel, depuis 2016 et l'adoption de la loi pour une République numérique, la diffusion de revenge porn est passible de 2 ans d'emprisonnement et 60.000 euros d'amende.La loi prévoit donc de punir par les mêmes peines tous ceux qui diffusent ces images, même par une simple republication sur les réseaux sociaux.

La rédaction de La Maison des Maternelles